Neirynck Jacques · Nationalrat · 2001-10-04
Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Christlichdemokratische Fraktion · 2001-10-04
Wortprotokoll
Il serait impossible de répondre à tous les arguments qui ont été avancés, certains d'entre eux sont du reste bien usagés. Je les ramène donc à quatre catégories.
Les premiers, les plus nombreux, sont ceux qui tombent dans la figure rhétorique de l'amalgame, bien connue du Parti communiste, qui consiste à prendre la thèse que l'on veut démolir et à l'exagérer pour la rendre ridicule. A titre d'exemple, on suppose dans son discours qu'au lieu de demander l'interdiction de rouler un dimanche, ce soit tous les dimanches. Bien évidemment, à ce moment-là, on en déduit qu'une partie de l'industrie touristique s'effondrerait. Mais, il est impossible, parce que l'on arrêterait la circulation automobile pendant 17 heures sur une année, d'arriver à un effondrement de l'industrie touristique.
Autre amalgame: on suppose que ce que l'on demande, c'est de rouler à trottinette sur l'autoroute, où, bien évidemment, des accidents se produiraient. Personne ne demande cela; on demande que les privés ne se déplacent pas. Ceci ne veut pas dire que l'on puisse se coucher sur les routes. Personne n'a demandé ça, et c'est de la mauvaise foi de faire comme si on l'avait demandé.
Amalgame toujours: ce serait une attaque frontale contre l'automobile. Ce n'est pas parce qu'on se passe pendant 17 heures par année de son automobile que l'on serait contre l'automobile. Je suis un grand amateur de vin, mais il m'arrive, de temps en temps, de m'abstenir de boire pendant une journée entière, ne serait-ce que pour soulager mon foie.
De même, supposer que ce que l'on demande, c'est d'organiser une vaste kermesse, ce n'est marqué nulle part dans le contre-projet. Voilà pour tous ces arguments de mauvaise foi.
Seconde espèce d'arguments: les arguments sur le tourisme. Je crois que M. Vollmer a réglé leur compte à ces arguments. Je voudrais tout de même souligner quelque chose qui n'a été évoqué par personne. Si, un jour par an, certains restaurants inaccessibles sans voiture devaient fermer, cela signifie simplement que l'on donnerait congé au personnel un jour par an. Ceci me toucherait beaucoup parce que je suis le père d'un fils qui travaille dans un restaurant et que je ne le vois jamais le week-end. Donc, si un week-end par an je pouvais le voir, ça m'intéresserait.
Ceci nous amène aux arguments sur la liberté, qui ont été défendus brillamment par les deux députées libérales. J'aimerais leur rappeler simplement un vieil argument: la liberté des uns s'arrête où commence la liberté des autres; le bonheur des uns a pour limite le bonheur des autres. La liberté libérale, pour laquelle je suis également, n'est pas une liberté sauvage, ce n'est pas la liberté du renard dans le poulailler, ni la liberté de l'automobiliste qui chasse, effectivement, les enfants des rues. Tous les dimanches, parce que je suis dans un quartier de gens convenables ou parce que la commune a pris la règle, je ne sais pas, on s'abstient de tondre les pelouses. Peut-être que ma liberté ou mon bonheur serait de tondre le dimanche. Eh bien, par respect pour les autres, je ne tonds pas le dimanche, et ça vaut pour 52 dimanches par an. Je pourrais, de la même façon, un dimanche par an, ne pas faire du bruit en roulant et ne pas déranger les gens qui habitent près des grandes rues.
Quant à l'argument européen tel qu'il a été utilisé plusieurs fois, je dois dire que je voudrais mettre hors pair la façon dont il a été défendu par M. Theiler. M. Theiler est ingénieur comme moi, mais il a manifestement, tout comme moi, une grande formation classique. Il a appris Démosthène, il a appris Cicéron, il sait comment prendre un argument et le retourner pour lui faire dire le contraire de ce qu'il est. De deux choses l'une: ou bien nous sommes dans l'Europe ou bien nous n'y sommes pas. Manifestement, nous n'y sommes pas. Alors, si nous n'y sommes pas, l'Europe ne peut rien nous imposer. Nous ne sommes pas obligés d'être eurocompatibles, et si les accords bilatéraux sont tels que nous devons demander la permission à Bruxelles pour organiser un [PAGE 1398] dimanche sans voitures, alors il vaudrait mieux que nous rentrions vraiment dans l'Europe parce que nous pourrions au moins influencer ce genre de décision. Je trouve que la façon dont cet argument a été développé est totalement inadmissible. Et s'il me fallait renoncer au dimanche sans voitures pour avoir le plaisir de rentrer dans l'Europe, alors je serais prêt à renoncer parce qu'il y a une certaine hiérarchie dans les aspirations.
Finalement, tout a été très bien dit par M. Gross Andreas, ce qu'on nous demande, c'est une position de pionnier. Est-ce que, pour une fois, la Suisse pourrait être en avance sur l'histoire et non pas en retard?