Burkhalter Didier · Bundesrat · 2011-09-13
Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2011-09-13
Wortprotokoll
On peut dire que tout le monde a pour objectif que les jeunes trouvent un emploi après avoir fait des études: on est tous d'accord avec cela. La question est de savoir si vous devez mettre ce critère d'"employabilité" dans les critères d'accréditation des hautes écoles. Nous ne sommes pas de cet avis pour plusieurs raisons.
D'abord, la situation actuelle montre clairement qu'en Suisse, cela se passe très bien. En ce qui concerne le fait de trouver un emploi après les études, tous les chiffres montrent que cela se passe vraiment bien en Suisse. Donc, quelque part, le système suisse, avec l'autonomie des hautes écoles, fonctionne suffisamment bien pour qu'on ne remette pas en cause ce point-là en particulier, pour qu'on ne remette pas en cause des résultats qui sont bons. Donc, il n'y a pas en soi de raisons de changer.
Ensuite, l'"employabilité", le fait de trouver un emploi dépend évidemment de toute une série de critères et certainement pas uniquement de l'université en elle-même. Il y a toute une série d'autres critères: le lieu, la conjoncture, le niveau des salaires, la demande de personnel qualifié, bref, beaucoup d'autres choses que le fait de sortir d'une université.
Mais il y a plus important à notre sens. Le débat sur l'"employabilité" est un débat fondamental qui a un peu enflammé le Conseil national. Pourquoi? Parce qu'on a un peu tendance à imaginer actuellement qu'on académise, qu'on fait une "Verakademisierung der Gesellschaft" alors qu'en fait - mais c'est un mot à la mode - il y a peut-être plutôt le danger inverse: il y a plutôt le danger d'aller vers une "Entakademisierung". Je m'explique: ce qu'on essaie de faire, c'est de créer des conditions dans lesquelles les jeunes obtiennent vraiment une capacité d'apprécier l'univers, c'est-à-dire la capacité de voir le tout et de s'adapter. Comme l'a dit le président de la commission, il y a beaucoup de personnes qui font des études dans une direction et qui, après, choisissent une autre voie. Donc, il faut plutôt prévoir la possibilité de s'adapter, et cela on le fait au mieux avec quelque chose qui n'est pas lié à l'immédiat et qui n'est surtout pas lié à des canalisations et encore moins à des planifications.
Le danger de l'employabilité vu sous l'angle du critère d'accréditation, c'est que vous risquez d'avoir une sorte de planification qui, à un moment donné, se justifierait peut-être, mais qui quatre, cinq ou dix ans plus tard s'avérerait être une grave erreur. Dans ce sens, cet élément ne nous convainc pas. Nous pensons au contraire qu'il peut y avoir d'importants dangers.
Pour terminer, nous estimons que ce n'est pas nécessaire. Madame Forster a dit que les hautes écoles "müssen überprüfen": Aber das machen sie schon! Une évaluation de l'employabilité ou des résultats d'employabilité par université est déjà faite par l'Office fédéral de la statistique. Avec cela, on obligerait en fait les universités à le faire également, ce qui serait un doublon, une deuxième obligation de faire à peu près la même chose et puis, à l'article 69, que vous traiterez plus tard, vous l'accepterez. Le Conseil fédéral prévoit, dans le cadre du chapitre "Evaluation" de soumettre tous les quatre ans à l'Assemblée fédérale un rapport sur l'évaluation de l'efficacité, sur la compétitivité des hautes écoles ainsi que sur l'employabilité et l'activité des diplômés. La question en elle-même est donc de toute façon importante, mais elle ne doit pas faire l'objet d'un critère d'accréditation qui risque de faire glisser le système vers moins [PAGE 745] d'autonomie des hautes écoles, plus de planification et de canalisation, peut-être plus de planification qui, un jour, se révélera erronée.