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Grin Jean-Pierre · Nationalrat · 2013-03-12

Grin Jean-Pierre · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2013-03-12

Wortprotokoll

Le texte de cette initiative se veut rassurant au niveau des emplois que vont créer la course énergétique pour la sortie du nucléaire et la production d'énergies renouvelables. Mais le dynamisme de notre économie est plus subtil et plusieurs paramètres sont à prendre en compte. Dans notre pays, l'innovation a une très grande importance et, dans le secteur énergétique, des progrès techniques sont accomplis, que nous devons effectivement soutenir. Mais nous ne devons pas oublier le volet économique pour la sauvegarde de notre compétitivité industrielle ainsi que le volet de la sécurité de l'approvisionnement.

Au niveau de la compétitivité économique, à quoi cela pourrait-il servir de créer rapidement de nouveaux emplois dans le secteur des énergies renouvelables si en raison d'une augmentation incontrôlée du prix de l'énergie on en perd le double dans la délocalisation de certaines de nos grandes entreprises grandes consommatrices de courant électrique qui pourraient trouver à l'étranger de l'énergie meilleur marché?

L'initiative populaire "De nouveaux emplois grâce aux énergies renouvelables" prévoit d'atteindre un objectif très ambitieux: couvrir d'ici 2030 la moitié de notre consommation d'énergie par des énergies renouvelables sans tenir compte des difficultés administratives pour la mise en place des différentes structures de production. Prenons l'exemple de l'énergie éolienne. Il est prévu dans la Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral une production de de 4 térawattheures, c'est-à-dire de 4000 gigawattheures. En 2012, la production des éoliennes installées dans notre pays était de 50 gigawattheures. Pour arriver à 4000 gigawattheures, il faut multiplier la production par 80. Si l'on connaît les difficultés pour implanter un parc éolien industriel dans notre pays, qui n'a pas de grandes étendues vierges, l'on se demande comment on pourra atteindre un tel objectif même en quarante ans. Avec cet exemple, je constate que l'ambition de mettre des délais impératifs sans prendre en compte la faisabilité n'est que poudre aux yeux. Pour exploiter d'une part les potentiels d'efficacité des économies d'énergie et d'autre part l'augmentation visée de la production d'énergies renouvelables, il faudra beaucoup plus de temps que ce qui est prévu dans l'initiative.

Enfin, les coûts supplémentaires d'une transformation si rapide de notre système énergétique souhaitée par l'initiative seraient difficilement absorbables par notre économie dans un si court laps de temps. Le caractère trop contraignant de cette initiative ne va pas régler les divers problèmes d'implantation des parcs éoliens, de l'augmentation de [PAGE 209] l'utilisation des ressources hydrauliques ou de la pose de panneaux photovoltaïques.

Car je constate que très souvent, lors de mises à l'enquête publique de ces différentes infrastructures de production d'énergie verte, certains milieux, qui prônent les énergies renouvelables, s'opposent systématiquement à de tels projets dans les communes et dans les régions. En Suisse, vouloir "jouer" seul en matière énergétique, sans compenser les coûts économiques supplémentaires de nos entreprises, nous conduira vers un transfert massif de la production industrielle à l'étranger.

Le nucléaire présente un certain danger, mais fermer toutes nos centrales nucléaires et importer de France ou d'ailleurs, si c'est encore possible, du courant provenant de centrales nucléaires ne va pas résoudre le problème lié aux risques, car en cas d'incident nucléaire la frontière n'existe pas. Pour ma part, ce problème doit être réglé au niveau européen, voire mondial, afin d'avoir une sécurité maximale. Il est déterminant, dans le cadre de la nouvelle politique énergétique, qu'aucune entreprise ne soit amenée à devoir prendre des mesures non rentables économiquement mettant en péril sa viabilité.

Pour un véritable tournant énergétique, il faut donner du temps à nos hautes écoles pour l'innovation et la recherche, à nos entreprises et aux ménages pour optimaliser leur consommation d'énergie. Les orientations visées par cette initiative sont louables, mais ne résolvent ni les problèmes économiques, ni les problèmes techniques; de nombreux problèmes doivent encore être résolus, comme la stabilisation de notre consommation d'électricité, le stockage de l'énergie solaire, l'isolation de nos bâtiments, et j'en passe. Pour le moment, mettons toute notre énergie à résoudre sereinement ces différents problèmes, sans placer, avec cette initiative, une épée de Damoclès sur notre tête. La précipitation a toujours été mauvaise conseillère.