Lexipedia

Levrat Christian · Ständerat · 2014-12-01

Levrat Christian · Ständerat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2014-12-01

Wortprotokoll

Je souhaite compléter les propos du rapporteur, tant il est vrai que dans le domaine de l'agriculture, comme dans celui de l'aide au développement, des décisions relatives aux objectifs à atteindre ont été prises par nos conseils.

Tout d'abord, le lien qui vient d'être fait par Monsieur Hösli entre l'aide au développement et les crédits agricoles est totalement arbitraire et me paraît moralement peu défendable. Ce rapprochement a une origine très simple et se répète d'année en année: ces deux positions sont traitées par la même sous-commission. Ceux qui se battent pour augmenter les crédits agricoles - et j'en fais souvent partie - se sont sentis contraints, pour des motifs que j'ai peine à expliquer, de compenser cette augmentation, lors de l'examen du budget en sous-commission. Ils l'ont fait là où c'était le plus facile, à savoir à la position relative à l'aide au développement. S'il n'y a donc théoriquement aucun lien entre l'agriculture et l'aide au développement, ce débat dure toutefois depuis plusieurs années. Or je pense que le lien entre ces deux domaines n'est pas défendable et que le fait que le public débatte de la question de savoir s'il faut donner la priorité au [PAGE 1097] crédit agricole ou à l'aide au développement est préjudiciable au travail parlementaire.

De plus, ce débat me paraît totalement anachronique. Nous sommes confrontés aux pires crises internationales depuis des décennies. Ces crises se déroulent aux frontières de l'Europe et ont des conséquences immédiates sur le bien-être et la sécurité de nos populations. Il me semble donc que c'est le moment ou jamais d'investir davantage à l'étranger pour tenter, par des mesures sur place, d'alléger la pression migratoire, d'éviter des drames en Méditerranée et de faire en sorte que nous gardions le contrôle sur les coûts de l'asile en Suisse. Il est piquant du reste de constater que ce sont les mêmes personnes qui souhaitent diminuer l'aide au développement et qui critiquent l'augmentation des coûts dans le système de l'asile. Le bon sens nous commande de considérer qu'il y a un lien entre l'aide sur place et la pression migratoire, et qu'un franc dépensé sur place permet d'éviter des drames et d'économiser de l'argent par la suite.

Enfin, il me paraît particulièrement important de souligner qu'il est très maladroit de la part de ceux qui défendent une politique agricole digne de ce nom de tenter d'opposer la politique agricole à celles d'autres secteurs. Pour le dire simplement, les paysans ont besoin de la solidarité de l'ensemble de la société. Les paysans ont besoin d'un débat budgétaire apaisé et que la parole donnée dans le cadre des crédits pluriannuels soit respectée par la suite. Le moins qu'on pourrait attendre, c'est que nous n'ayons pas une solidarité à sens unique, mais également des réponses positives lorsque d'autres positions budgétaires sont concernées, notamment celles en lien avec la solidarité internationale. Il semble donc que nous ayons affaire à une politique agricole d'un autre âge, qui voudrait opposer la paysannerie et l'aide au développement, la paysannerie et la formation, la paysannerie et les défenses sociales. Ce n'est pas ainsi que vous parviendrez à défendre le budget alloué à l'agriculture. Vous parviendrez à le faire s'il y a un consensus social suffisant pour soutenir les paysans et les campagnes. A force de combattre ce consensus social, vous mettez en danger l'assise sur laquelle repose le soutien à l'agriculture.

Pour ma part, je combattrai évidemment ces coupes dans le budget de l'aide au développement. Je soutiendrai, avec la majorité de la commission, une partie des revendications des agriculteurs, soit celle directement liée au crédit-cadre 2014-2017, celle directement liée aux paiements immédiatement versés aux agriculteurs, qui devrait échapper au programme de consolidation et de réexamen des tâches. Toutefois, lier les deux objets et vouloir compenser avec l'aide au développement les montants supplémentaires attribués à la paysannerie est un très mauvais calcul qui va au détriment de l'aide au développement. C'est une erreur en matière de politique agricole et c'est faire preuve de bien peu de solidarité avec les autres habitants de notre planète, ce qui est en fin de compte assez choquant.