Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · 2001-11-16
Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2001-11-16
Wortprotokoll
La débâcle d'une société privée de cette importance ouvre les yeux à beaucoup sur la réalité économique. Le marché, comme nous l'avons déjà vu dans l'histoire, ne peut pas être le seul juge, ne peut pas être le seul arbitre. L'UDC, avec cette doctrine de laisser le marché seul juge, se retourne contre le peuple, se retourne contre les gens qu'elle prétend défendre, parce que le marché seul tuera l'agriculture, le marché seul tuera les petites postes, les petites gares, comme il tuera également l'industrie et la chimie de ce pays, si nous lui laissons la formation et les infrastructures de ce pays qui sont nécessaires à la santé économique.
L'affaire Swissair a ouvert les yeux à beaucoup d'entre nous, notamment du côté bourgeois, et rend ridicule désormais la volonté de privatiser Swisscom, la Poste, ou de libéraliser le marché de l'électricité. Cette affaire a ouvert également les yeux sur les besoins de solidarité nationale et sur les besoins d'avoir des instruments de solidarité nationale. Si l'Etat n'a pas de moyens, alors aucune mesure possible ne peut intervenir. L'UDC évidemment voit cet enjeu idéologique et se désespère de voir freiner la révolution thatchérienne qui était en route dans ce pays et qui consistait à tout remettre au marché et à tout privatiser. C'est cela le véritable problème qui se pose au parti le plus à droite et le plus ultralibéral de ce pays. Mais ce problème ne se pose pas aux gens pragmatiques de cette assemblée, de ce pays, qui cherchent à trouver une solution à une affaire aussi grave, une affaire qui met en jeu des milliers de destins personnels, on ne sait pas encore pour combien de temps.
Il reste donc deux partenaires politiques dans cette affaire, dans le camp bourgeois: ce sont les radicaux et le Parti démocrate-chrétien. Aux radicaux et aux démocrates-chrétiens, évidemment, j'aimerais dire: "Certes, vous avez un problème." J'ai découvert une expression alémanique, l'expression de "Ordnungspolitik". Certes, les radicaux et le Parti démocrate-chrétien ont un problème d'"Ordnungspolitik" et sont en train de faire la démonstration qu'une bonne partie des thèses jusqu'à présent proposées, devant la réalité, doivent disparaître. Je pense à tous ces discours sur [PAGE 1485] la "Fiskalquote", sur la "Staatsquote", je pense à un futur projet de frein à l'endettement, qui perdent de beaucoup d'actualité et de pertinence. Devant les faits, devant la réalité économique, devant des milliers de destins, la doctrine doit être mise au vestiaire.
Bien sûr, certains aimeraient pouvoir continuer comme si rien ne s'était passé. M. Bührer aimerait que rien ne change sur le paquet d'allègements fiscaux. M. Theiler aimerait qu'on privatise Swisscom. Mais, vous le savez, la conviction dans ce genre de projets n'existe plus à cause de la réalité de ce que nous venons de vivre avec l'affaire Swissair.
Alors, il reste un dernier aspect au problème: c'est l'aspect social. A la question que je posais à la session d'automne, nous sommes en train de réciter tous et toutes nos catéchismes politiques, mais nous avons une seule et unique question à laquelle il faut répondre: qu'est-ce qu'on fait? A cette question-là, les radicaux et le Parti démocrate-chrétien ont dû répondre: nous devons intervenir. Et cela a un certain nombre de conséquences politiques, il faut le reconnaître, et vous avez dû le reconnaître très bien. Mais maintenant, sur la question sociale et sur une série de propositions qui ont été faites au sein de la Commission des finances, est-ce que sur cette question-là seulement il vous faudra prouver que vous restez de droite? Est-ce qu'il faudra être brutal sur cet aspect-là pour être sûr qu'au moins la doctrine, quelque part, sera encore respectée? Ou est-ce que nous irons ensemble au bout du processus et nous aboutirons enfin à une solution, propre socialement, de ce problème?
Je ne suis pas satisfait de cette solution. Je ne suis pas satisfait de l'arrêté fédéral urgent qui est proposé par le Conseil fédéral. Il n'a rien de socialiste, il n'a rien de social-démocrate, contrairement à ce que certains ont pu laisser entendre. Absolument rien!
Nous voulions une base légale à l'égard de cette nouvelle société. Nous voulions un règlement des questions sociales. Nous voulions également une mise à plat des responsabilités et nous voulions un pilotage public de cette nouvelle société, parce que nous n'avons aucune garantie sur l'avenir. Nous n'avons aucune garantie que, véritablement, le plan 26/26 sera respecté. Nous n'avons aucune garantie, mais nous avons toutes les chances et toutes les raisons d'être méfiants à l'égard de ceux qui pilotent cette affaire. M. Dosé est en train d'organiser une restructuration brutale, une des restructurations industrielles les plus brutales. Des échos nous viennent et nous parlent de délais de congé non respectés, de salaires non versés, de préretraites qui ne sont plus honorées: de gens de 62 ou de 63 ans qui devront retourner chercher du travail, alors qu'on les a forcés à partir en préretraite! Il ne s'agit pas d'une solution socialiste qui nous est présentée: on en est à des années-lumière.
La grande majorité du groupe socialiste, malgré tout, à cause de la réalité, à cause des milliers d'emplois qui sont en jeu, votera ce projet. Mais une minorité du groupe socialiste ne pourra pas le voter à cause des attaques qui sont faites, sur le plan social, dans ce projet. La seule et unique question qui nous reste est la suivante: est-ce que nous finissons cette opération propre sur le plan social? Est-ce que vous entrez en matière sur l'un ou l'autre des projets qui sont faits ou est-ce que vous forcez le tout à capoter, juste pour garder un minimum de respect de la doctrine? C'est la question qui vous reste.
Personnellement, j'entrerai en matière. Je suis entré en matière en Commission des finances, mais, par dégoût de ce qui s'est passé en Commission des finances et du refus de toute entrée en matière sur toute proposition sociale, j'ai dû voter non.
Je ne sais pas encore ce qui se passera à la fin de ce vote, mais je vous invite, vous, qui avez contribué à trouver une solution, à ne pas finir salement un travail qui a commencé et à le finir proprement pour qu'enfin les gens qui sont là, les gens qui ont des destins en jeu, puissent tous trouver une solution.