Langenberger Christiane · Ständerat · 2001-11-17
Langenberger Christiane · Ständerat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2001-11-17
Wortprotokoll
Je vais être la plus brève possible. Je suis très surprise, Madame la Présidente, car vous êtes parvenue durant quelques minutes à donner l'illusion que nous étions de nombreux Romands dans cette salle à pouvoir nous exprimer. C'est bien la première fois.
Nous avons eu des séances de groupe qui se sont déroulées dans passablement de tensions. A mesure que le temps s'est écoulé, depuis hier soir, nous avons assisté aux différents votes et repris confiance. Nous avons même été surpris du bon score obtenu lors du vote sur le frein à l'endettement. Nous nous en réjouissons tous.
J'aimerais néanmoins rappeler que, dans la population, cette évolution n'a pas pu se faire de la même manière. Il a été relevé à plusieurs reprises ici à quel point les Suisses romands avaient un état d'esprit beaucoup plus critique. On a bien sûr évoqué l'aéroport de Genève-Cointrin et le départ de Swissair. Il y a aussi cette sensation de copinage au sein de la place financière zurichoise. Là, il y a toujours et encore un malaise à dissiper. Avec ce que nous apprenons en relation avec la mise en place du nouveau conseil d'administration, j'ai l'impression que la population suisse reste assez méfiante, car elle a l'impression qu'on n'a pas tiré les leçons qu'il fallait.
Il y a aussi, au sein de la population, tout ce malaise par rapport à la fortune de la compagnie qui, dans les chiffres noirs, a passé, en l'espace de quelques mois, à 17 milliards de francs de déficit. Comment voulez-vous que la population comprenne? Comment voulez-vous que certains Grands Conseils et même certains gouvernements cantonaux comprennent ce qui s'est passé et qu'ils n'éprouvent pas une très grande crainte que nous nous impliquions de nouveau dans une situation et dans une gestion calamiteuses?
[PAGE 733] Je rappelle aussi que tout ceci prend place dans un contexte international extrêmement grave: il y a 120 000 emplois qui ont été perdus ces derniers mois. Il s'agit de pertes de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Là aussi, on peut se poser la question de savoir si notre pays peut remonter la pente et recréer quelque chose de crédible et qui fasse survivre Swissair.
Pour ma part, j'ai toujours estimé qu'il fallait soutenir ce projet et ceci pour plusieurs raisons.
D'abord, parce que je crois fondamental que nous ayons aussi un petit sentiment de reconnaissance par rapport à Swissair, qui a beaucoup fait pour notre pays, je le rappelle, durant bien des années, qui a apporté un symbole de la qualité de nos services et de nos prestations, qui a beaucoup fait, grâce à ses agences, pour le tourisme qui est quand même la troisième source de financement de ce pays, et qu'il faut absolument pouvoir sauver.
Je pense aussi, pour avoir travaillé avec M. Ernst Buschor cette semaine, que la situation de Zurich est grave et pourrait avoir des répercussions considérables, bien plus importantes que nous ne l'avons dit encore ici dans cette salle par rapport aux emplois, par rapport à la faillite de bien des entreprises dans l'ensemble du pays.
Et puis, bien sûr, je suis aussi sensible à ce partenariat qui s'est installé entre les milieux politiques et l'économie. Il nous a fait cruellement défaut pendant de nombreuses années. Pour moi, c'est de bon augure et j'espère que nous pourrons continuer à travailler ensemble.
J'ai encore de toutes petites remarques à faire, puisque je viens d'un canton où le Grand Conseil a désavoué son Conseil d'Etat. D'une part, je crois très important que Crossair fasse très rapidement la preuve que ses lignes de transport sont rentables. Comment pourrions-nous cautionner quelque chose qui, très rapidement, va nous plonger dans de nouvelles difficultés sociales? Je le dis d'autant plus facilement qu'il a été fait état par M. Marty Dick du rôle du tourisme et de l'importance d'avoir des services de qualité à offrir, et du fait que nous mettrons peut-être des années à remonter la pente et à retrouver cette qualité des services. Moi, ce que j'entends, c'est qu'il y a des pilotes qui sont obligés d'améliorer les menus en apportant du chocolat suisse parce qu'on a fait des économies peut-être trop poussées dans de petites choses. J'entends aussi des chefs d'orchestre, des choeurs qui ont des prestations à fournir à date fixe, et à qui l'on dit: "Ah non, on ne peut rien vous promettre, on ne sait pas si on pourra atterrir." C'est la réalité, mais ce ne sont pas une ou deux places qui partent, ce sont des centaines de places et des emplois qui ne peuvent pas être assurés!
Je pense aussi qu'il y a eu un très grand malaise ici concernant la Délégation des finances, et non pas par rapport à son pouvoir. Je n'ai pas de jalousie par rapport à ce pouvoir, mais que six personnes arrivent à pouvoir prendre une décision pareille, alors que le Parlement est exclu et doit accepter cette décision .... Il y a là quelque chose qu'il faudra corriger absolument!
Enfin, je m'associerai à tous ceux, dans cette salle et au Conseil national, qui ont dit que notre gouvernement devait faire pression pour que l'on trouve une solution concernant le plan social. Il est inadmissible, étant pareillement engagés dans une situation de crise et disant: "On veut trouver une solution à cette situation de crise", qu'on ne s'occupe pas de ces milliers d'emplois et de ces personnes qui sont maintenant dans une situation grave, alors qu'on parle déjà des indemnités aux membres du futur conseil d'administration, qui sont véritablement indécentes, si les chiffres qui ont été cités sont vrais.