Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2009-09-08
Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-09-08
Wortprotokoll
Je n'ai, pour ma part, jamais été enthousiasmée par l'engagement de soldats suisses à l'étranger et je ne le suis pas plus dans le cadre de l'opération Navfor Atalanta.
Vous me permettrez de faire quelques remarques sous l'angle de la situation internationale: tout d'abord, la mission internationale de police combat à mon sens les symptômes et non les causes sociales, économiques et politiques à l'origine de la piraterie, causes pour lesquelles la Communauté internationale porte d'ailleurs une grande part de responsabilité, que l'on pense à la surpêche ou à la décharge de déchets toxiques industriels dont on a peu parlé ici aujourd'hui.
Je ne conteste bien évidemment pas que les bateaux du Programme alimentaire mondial doivent pouvoir acheminer leur cargaison dans de bonnes conditions. Mais je me pose tout de même la question de savoir s'il ne s'agit pas là d'un prétexte à l'engagement de la Suisse, ou en tout cas d'une aide à la prise de décision de notre Parlement, parce que, hormis le fait que ces bateaux se déplacent bien évidemment sur d'autres mers que le golfe d'Aden, il n'est pas inintéressant de savoir que ceux qui approvisionnent la Somalie vont du Kenya vers Mogadiscio - c'est en tout cas ce qui ressort du site Internet du Programme alimentaire mondial - et ne passent donc pas là où sévissent principalement les pirates.
Cette mission précédée par une autre opération qui est menée sous l'égide de l'OTAN s'inscrit par ailleurs dans le contexte d'une militarisation du golfe d'Aden, golfe qui devient [PAGE 812] un enjeu stratégique qui dépasse largement le cadre de la lutte antipiraterie.
Enfin, toujours sur le plan de la politique internationale, je pense que la question de la nécessité de mettre sur pied, sous l'égide de l'ONU, une police internationale des mers mérite d'être posée. Il y a fort à faire et sans doute pas seulement dans le golfe d'Aden mais aussi dans d'autres régions du globe. Que l'on pense à un fameux navire récemment égaré au large des côtes européennes ou, dans un autre domaine, à tous ces cas de non-assistance à personne en danger lorsque des bateaux venus des côtes africaines s'échouent sur les côtes européennes et, malheureusement, un certain nombre de victimes en ont fait les frais.
Sous l'angle de la politique suisse ensuite, comme Monsieur Hêche, je suis tout à fait favorable à l'engagement de la Suisse dans les affaires du monde, dans un souci de solidarité et de défense bien comprise de nos intérêts, mais pas comme cela. Nos points forts, ce qui nous reste de crédibilité sur la scène internationale, ce sont les bons offices, nos capacités de médiation entre des parties en conflit, c'est le soutien aux actions du CICR, qui a son siège à Genève. C'est encore la défense inlassable des droits humains à travers le monde. C'est - en tout cas cela devrait l'être - une aide au développement et une aide humanitaire à la mesure de la richesse qui est la nôtre.
A ce propos, il n'est sans doute pas inintéressant de relever qu'au début du mois de mai dernier, l'ONU a lancé un appel de fonds pour réunir une somme de 918 millions de dollars nécessaire à la couverture des besoins vitaux de la population somalienne en 2009. Un mois plus tard, c'est à peine 250 millions de dollars qui avaient fait l'objet de promesses de versement. Et si on met en balance, dans un domaine beaucoup plus modeste - celui qui est le nôtre -, le coût de la participation suisse à l'opération Navfor Atalanta, par rapport au montant jusqu'alors dépensé dans la Corne de l'Afrique par la Suisse, eh bien malheureusement il n'est pas en faveur de cet établissement des priorités.
Personnellement je soutiens pleinement les points forts qui sont ceux de la Suisse et je souhaite vraiment, très clairement, leur donner la priorité. Je salue l'acceptation par le Conseil fédéral du postulat Recordon, mais je ne peux que regretter qu'il ait fallu attendre une telle dégradation de la situation sur place pour agir et, pour cette raison - encore une fois, pour la clarté des priorités à donner -, je n'entrerai pas en matière.