Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2015-03-12
Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-03-12
Wortprotokoll
Il existe de nombreuses similitudes, en tout cas au niveau du langage, entre l'art et la politique, par exemple quand certains collègues bien inspirés, les ténors du Parlement, partent dans de grandes envolées lyriques, quand nous donnons un spectacle bien rodé ou encore quand, à défaut de musique pour adoucir les moeurs, nous entrons dans la ronde, dans l'arène ou en scène. Mais surtout, selon l'expression consacrée, la politique est l'art du possible. C'est la raison pour laquelle, comme vous avez pu le constater, cet excellent message culture a reçu de la part de notre commission un accueil très favorable.
L'adhésion de la commission s'explique sans doute par les axes forts du message: renforcement de la cohésion sociale et de la diversité culturelle, accessibilité et participation culturelle, protection du patrimoine et innovation ainsi que mise en oeuvre de l'article constitutionnel issu du contre-projet à l'initiative populaire "Jeunesse et musique". Alors oui, ce message est ambitieux. Il représente une augmentation des montants dédiés à la culture, une augmentation nécessaire et vitale si l'on veut répondre aux nouvelles tâches, si l'on veut aller au-delà des mots et mettre en pratique les intentions et le soutien affirmé à la culture.
Dans les domaines spécifiques, deux ont particulièrement attiré mon attention: la littérature et le cinéma. En ce qui concerne la littérature, le message représente un changement plus que sémantique puisque le Conseil fédéral exprime ainsi le passage d'une politique du livre à une politique de promotion de la littérature en favorisant notamment - ce que je tiens à saluer - la traduction qui est le seul procédé qui permette à un public d'une partie du pays d'accéder aux oeuvres d'une autre partie du pays, sans parler bien sûr de la diffusion au plan international. C'est un élément très important pour la cohésion de notre pays. [PAGE 167]
Mais, pour que la littérature existe, encore faut-il que des livres soient édités et vendus. Pour cela, il est donc nécessaire que des librairies existent, qu'elles puissent proposer des ouvrages à un public le plus large possible. Alors, certes, le message reconnaît le rôle des librairies, mais de manière peu concrète et insuffisante pour rassurer, particulièrement après l'abandon par la Banque nationale suisse du taux plancher du franc suisse par rapport à l'euro.
Une autre de mes réflexions concerne le cinéma ou, plutôt, la conservation et la diffusion des oeuvres cinématographiques suisses, ou ayant un rapport avec la Suisse. D'une part, il me paraît curieux que le financement de la Cinémathèque suisse soit inclus dans le financement du cinéma, tant il est vrai que la conservation des films, leur archivage, ne devraient pas être en concurrence avec leur production et leur création. Et j'espère que ce que je considère comme une erreur de conception - même si cette erreur s'explique historiquement et selon l'ordre législatif - puisse être corrigé à l'avenir.
D'autre part, je remarque que, même si les travaux d'extension de la Cinémathèque suisse touchent à leur fin ou, en tout cas, sont bien engagés, il subsiste de grandes inquiétudes sur la possibilité de continuer à montrer des oeuvres, au demeurant pas si anciennes et dont la valeur a été reconnue au niveau international, notamment par leur participation à des festivals de renom et parfois même par les prix qu'elles y ont gagnés.
Nous avons reçu un rapport de l'Office fédéral de la culture sur l'archivage du film et les activités de la Cinémathèque suisse. Je remercie cet office, au passage, d'avoir répondu à nos questions et je profite de lancer dans ce débat un appel en faveur d'une collaboration à plus large échelle, mais aussi plus étroitement liée, au service de cette tâche très importante de conservation et de diffusion des oeuvres cinématographiques.
Ma dernière remarque concerne les musées. La liste des musées et collections gérés par des tiers et soutenus par la Confédération, a tout d'un inventaire à la Prévert. La présence d'un certain nombre d'institutions sur cette liste dont, soit dit en passant, aucune n'est romande, tient plus du concours de circonstances ou de la sympathie ainsi manifestée au fil des années à l'un ou l'autre de nos collègues particulièrement proches de telle ou telle institution.
Je me réjouis donc de l'intention du Conseil fédéral d'établir, en collaboration avec les milieux concernés, des critères de subventionnement devant permettre, dès 2021, soit pour le prochain message culture, d'apporter une cohérence à cette partie de notre politique culturelle. Certaines interventions de ce matin m'incitent toutefois à nous mettre collectivement en garde: faisons attention à ne pas nous substituer à l'établissement de ces critères, en évitant dès maintenant de faire un lobbying qui n'aboutirait, à la fin, qu'à substituer notre soutien à une institution plutôt qu'à une autre, au détriment de la cohérence nécessaire que nous devons viser.
S'il en va de la culture comme de la confiture - moins on en a, plus on l'étale -, je ne vais pas prolonger davantage mon intervention et je vous demanderai de rejeter les deux propositions de renvoi au Conseil fédéral et de suivre la majorité de la commission.