Maire Jacques-André · Nationalrat · 2015-03-09
Maire Jacques-André · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-03-09
Wortprotokoll
Notre commission a pris connaissance avec beaucoup d'intérêt du rapport du Conseil fédéral établi en réponse au postulat de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture du Conseil des Etats 12.3343, "Mesures pour promouvoir la relève scientifique en Suisse". Ce rapport dresse un état des lieux pertinent, qui confirme que les hautes écoles de notre pays sont confrontées depuis longtemps à un problème de relève interne dans les carrières professorales.
En effet, si la Suisse dispose d'un système de hautes écoles différencié - écoles polytechniques, universités, hautes écoles spécialisées -, complémentaire, perméable, d'un excellent niveau et complété par de très hautes performances en matière de recherche et d'innovation -, il est frappant de constater que la plupart des diplômés de nos hautes écoles quittent les structures académiques une fois leur titre obtenu. Bien entendu, cela s'explique notamment par les bonnes conditions d'embauche offertes par les entreprises et institutions de notre pays ainsi que par les conditions malheureusement plus précaires qui règnent dans nos hautes écoles pour les jeunes chercheurs désireux d'embrasser une carrière académique. A cela s'ajoute aussi l'incertitude quant à la possibilité réelle d'obtenir un poste de professeur dans une haute école.
Pour pallier ce phénomène, les hautes écoles suisses recrutaient jusqu'ici essentiellement à l'étranger. Elles n'avaient aucune peine à le faire puisque les conditions-cadres offertes par notre pays sont très attractives pour les professeurs étrangers. Tout cela fonctionnait très bien jusqu'au résultat de la votation du 9 février 2014, qui posera de très gros problèmes en cas de limitation de l'accès des professeurs étrangers à nos hautes écoles.
Par conséquent, les hautes écoles doivent impérativement relever le défi de la relève professorale en leur sein en recourant aux doctorants qui y sont engagés. Il faut être conscient que cela impliquera un changement de culture et d'habitudes dans nos hautes écoles. Par conséquent, il faudra vaincre les résistances de certains milieux académiques qui, il faut le dire, ne sont pas toujours très ouverts aux changements, en particulier une certaine caste de professeurs ordinaires ne voyant pas forcément d'un bon oeil l'arrivée d'un nombre important de jeunes provenant de l'intérieur de leurs hautes écoles.
Un problème annexe, mais que je me permets tout de même de relever, concerne les hautes écoles spécialisées (HES). Là aussi il y a un problème de relève, mais pour d'autres raisons. Pour qu'elles puissent conserver leur caractère propre, à savoir ce lien, auquel nous tenons beaucoup, avec la pratique professionnelle, il faut que les candidats aux postes de professeurs HES puissent acquérir, d'une part, une formation académique de niveau doctoral et, d'autre part, une expérience professionnelle, dans une entreprise ou une institution. Il faudra par conséquent changer les habitudes, en particulier que les jeunes qui sont assistants dans une HES puissent avoir plus de temps pour mener des recherches appliquées et moins d'heures d'enseignement à dispenser. Ceci permettrait de préparer une relève endogène.
Face à ces différents défis, la Commission de la science, de l'éducation et de la culture du Conseil des Etats a adopté un postulat, que le Conseil fédéral propose d'adopter, pour que les très bonnes intentions qui sont présentes dans le rapport du Conseil fédéral soient traduites en objectifs concrets.
La motion de notre commission, qui vous est soumise aujourd'hui, vous demande de faire encore un pas de plus, c'est-à-dire d'appuyer nos hautes écoles dans ces importants changements structurels, qui ne seront pas évidents à mettre en oeuvre. La motion vise à instaurer une commission composée de représentants des différents milieux concernés, à savoir le Secrétariat d'Etat à la formation, à la recherche et à l'innovation, le Conseil des hautes écoles, Swissuniversities, le Fonds national suisse, la Commission pour la technologie et l'innovation et - je me permets de l'ajouter - l'Association des professeurs des hautes écoles, qui ne figure pas dans le texte. Puisqu'elle est aujourd'hui commune à toutes les hautes écoles, c'est certainement un partenaire qu'il serait intéressant de consulter et d'impliquer dans ce processus de changements.
La commission, par 13 voix contre 6, vous prie d'accepter cette motion qui doit donner les moyens de concrétiser rapidement - j'insiste sur ce point - ce changement de culture. Il faut pouvoir offrir des perspectives très claires aux jeunes chercheurs en leur montrant que la carrière académique est possible, mais surtout, il faut la rendre prévisible. C'est là que des mesures concrètes doivent être prises pour que les jeunes sortent de cette période d'incertitude durant laquelle ils vont quitter nos hautes écoles pour faire carrière dans d'autres domaines. Il faut donc rendre ces filières d'accès au professorat beaucoup plus attractives, beaucoup plus prévisibles; la motion doit donner une impulsion pertinente pour réaliser ces objectifs.
Je vous invite, au nom de la majorité de la commission, à accepter cette motion.