Clottu Raymond · Nationalrat · 2015-06-18
Clottu Raymond · Nationalrat · Neuenburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2015-06-18
Wortprotokoll
Tout d'abord, j'expose quelques considérations générales. La mise hors service du matériel ne constitue a priori pas un problème, dans le sens où l'armée réalise une planification en fonction de la mission donnée, quand bien même ce n'est pas elle qui définit sa mission. Par contre, le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports doit notamment tenir compte du fait que le matériel a une durée de vie limitée sur au moins deux plans.
Le premier plan concerne de la durée de vie corrélée à l'usure. Cela est valable par exemple pour les cellules des F-5 Tiger vieux de plusieurs décennies, pour les chars M113 datant des années 1960 ou 1970 ou encore pour le char Léopard introduit en 1987. Qui roule, dans le civil, avec des voitures aussi anciennes?
Le deuxième plan porte sur le durée de vie tactique. Les véhicules de transport des troupes blindées et de l'infanterie ainsi que les chars Piranha ou M113 ont été conçus pour faire face à des menaces telles que des tirs à l'arme légère ou des éclats d'obus d'artillerie. La menace principale, à l'heure de la conception de ces véhicules, ne relevait pas d'engins explosifs ou de mines qui sont maintenant utilisés partout, ou encore de lance-roquettes à courte portée de type RPG. En conséquence, ces véhicules ne sont pas optimisés - en prévoyant des coques en forme de "V", des sièges suspendus et non fixés au plancher - pour faire face à des explosions venant de dessous.
Si le retrait de certains éléments du matériel peut paraître dramatique au yeux de certains, il répond en fait à des réalités tactiques et techniques liées à l'évolution de la menace. A priori, il ne vaut pas la peine d'investir trop d'énergie sur ce point, mais nous vous invitons néanmoins à soutenir, à l'article 109a alinéa 4, la proposition de la minorité I (Müller Walter) et à rejeter la proposition de la minorité II (Allemann).
Pour ce qui concerne les moyens financiers destinés à notre armée, il est faux d'imaginer qu'une armée plus petite coûte moins cher, car les systèmes technologiques, les systèmes d'arme et les systèmes de transmission sont de plus en plus complexes, avec une obsolescence nettement plus rapide. Alors oui, l'armée devra disposer d'un budget de 5 milliards de francs par an au minimum, comme prévu dans le message, tributaire du renchérissement, et ces dépenses ne devront pas être remises en question lors d'éventuels exercices d'économies dans le budget de la Confédération.
Permettez-moi une petite analyse objective de ce que coûte notre armée. En 1980, la part du budget fédéral affectée à la défense nationale était de quelque 20 pour cent, alors qu'en 2013 elle s'élevait à 7 pour cent, ce qui représente une diminution de l'ordre de 13 pour cent. Autrement formulé, durant près de trente ans, l'armée a servi de volant de manoeuvre sur le plan financier. Il y a une logique positive à cela, et c'est un des très rares dividendes de la construction européenne.
Malheureusement, la situation se dégrade de plus en plus. La paix sur notre continent est actuellement en péril dans un monde aussi peu lisible, instable, mobile et dangereux. [PAGE 1242] Permettez-moi de vous donner deux exemples. A l'Est, la Russie renforce son influence suite à certaines maladresses de l'Union européenne et de l'OTAN. Les potentiels militaires reculent en Europe occidentale suite à la crise financière que connait l'Union européenne. Autre problème: les incertitudes toujours plus grandes au sud de l'Europe, le Printemps arabe et les bouleversements au Proche et au Moyen-Orient. Comme vous pouvez le constater, nous avons une multiplication des guerres hybrides: terroristes, armées irrégulières, criminelles et mêmes conventionnelles.
Plus que jamais, pour pouvoir combattre un adversaire dans un conflit hybride, il faut continuer à savoir comment combattre un adversaire classique. Il faut donc - et c'est impératif - maintenir un coeur de compétences "Défense" et garantir son entraînement au combat interarmes en milieu urbain jusqu'à l'échelon du groupement de combat au moins.
En d'autres termes, comment apprivoiser l'incertitude? Par l'abandon ou par le principe de précaution? La réponse est par le principe de précaution, car il est responsable de se préparer à affronter l'avenir et à offrir aux générations futures l'essentiel: la paix et la sécurité.
Ainsi, après plusieurs années d'apnée financière, nous devons donner à notre armée les moyens de remplir ses missions, ni plus, ni moins, et cela afin de faire face à l'incertitude des temps. Dès lors, le développement de l'armée implique un financement d'au moins 20 milliards de francs sur quatre ans, ce qui représentera quelque 0,7 pour cent de notre produit intérieur brut. C'est moins de la moitié de la part recommandée par l'OTAN, ce qui placera la Suisse au cinquantième rang des pays en termes de dépenses militaires.