Clottu Raymond · Nationalrat · 2014-03-05
Clottu Raymond · Nationalrat · Neuenburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2014-03-05
Wortprotokoll
Non à une caisse unique qui va entraîner immanquablement des frais de gestion et de fonctionnement supérieurs aux 5,6 pour cent des caisses actuelles! Pourquoi ne voulons-nous pas d'une caisse unique? Prenons l'exemple concret proche de chez nous en Europe des caisses uniques étatisées. Elles entraînent, pour la France notamment, un déficit annuel gigantesque avec néanmoins des soins qui sont de moins en moins remboursés. Les Français sont poussés à se payer des assurances complémentaires fort chères pour régler ce que la sécurité sociale ne paye plus ou que partiellement, sans pour autant réussir à combler son déficit chronique. En Allemagne, ce n'est guère mieux. La santé est réglée par des enveloppes forfaitaires qui poussent certains hôpitaux à refuser des patients ou à repousser des interventions ou des traitements à l'année suivante en raison de l'épuisement des ressources en fin d'année. Enfin, pour terminer ma liste, prenons les exemples de l'Espagne, de l'Italie ou du Portugal. La médecine y est entièrement étatisée, mais les prestations y sont tellement mal rémunérées que les médecins pratiquent essentiellement leur art en privé, créant ainsi un système inique à deux, voire trois vitesses en fonction des ressources financières de chacune et de chacun.
C'est la raison pour laquelle, confortée par ces exemples très négatifs de systèmes de caisses étatiques uniques, la population suisse reste attachée à son système mutualiste privé. Elle le démontre depuis quarante ans par ses choix lors des votations populaires, même lorsque les sondages précédant les votations s'expriment en faveur de la caisse unique. J'espère vivement que le sort de la caisse unique sera scellé lors de la future votation sur la présente initiative.
Par contre, j'aimerais revenir sur le principe de mutualité. Ce mot est défini ainsi par le "Robert": "Forme de prévoyance volontaire par laquelle les membres d'un groupe, moyennant le seul paiement d'une cotisation, s'assurent réciproquement contre certains risques (maladies, blessures, infirmités, chômage) ou se promettent certaines prestations."
Certes, dans le système en vigueur il y a quelques problèmes à régler et notamment des corrections à apporter, car actuellement les caisses-maladie ont oublié leurs fondamentaux, à savoir la mutualité, pour devenir des entreprises économiques qui mêlent les genres avec la vente de produits dérivés ou de cosmétiques, jusqu'à des offres de voyage et, pour certaines, même des achats de vin en ligne; elles placent leurs réserves en Bourse, ont des sièges sociaux faramineux, des salaires de direction colossaux et elles diffusent des publicités onéreuses tous azimuts pour gérer en maître unique le domaine de la santé, non plus dans une optique mutualiste, mais dans la seule optique économique. Les caisses doivent impérativement se reprendre et rester mutualistes, surtout bien séparer les genres d'activités.
Pourquoi les primes augmentent-elles continuellement dans notre pays? Ne vous y trompez pas, la caisse unique ne changera rien, bien au contraire. L'augmentation provient:
1. des progrès techniques et pharmacologiques;
2. du vieillissement de la population et de son exigence quant à la prise en charge toujours plus sophistiquée, toujours plus rapide et avec les meilleurs moyens à disposition, sans considération de coûts lorsqu'il s'agit de sa propre maladie;
3. de la déresponsabilisation de notre société qui ne veut pas prendre le moindre risque et donc recourt de plus en plus aux soins médicaux;
4. du principe de précaution des gouvernants;
5. du mécanisme artificiel des réserves;
6. de l'opacité des comptes des caisses qui mêlent divers métiers et mélangent les genres, aussi dans leur comptabilité: assurance de base, assurance complémentaire, assurance-vie, banque. Il est impératif d'exiger plus de transparence de la part des caisses.
Je vous invite à recommander au peuple et aux cantons le rejet de cette initiative populaire qui ne produira qu'un déficit gigantesque, avec des soins qui seront de moins en moins remboursés. Les exemples que je vous ai cités le prouvent.