Moret Isabelle · Nationalrat · 2014-12-09
Moret Isabelle · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2014-12-09
Wortprotokoll
L'initiative populaire "pour la sortie programmée de l'énergie nucléaire" soulève plusieurs questions. La première est liée à la sécurité: les centrales ne sont pas éternelles, mais leur obsolescence est difficilement programmable. D'année en année, nous prenons le risque de les surexploiter et qu'elles provoquent une catastrophe qui aurait de graves conséquences sur notre santé, notre environnement et notre économie.
La deuxième question que pose l'initiative est de nature écologique: voulons-nous remplacer des centrales nucléaires par l'importation d'électricité provenant de centrales à charbon, ce qui va à contre-courant des objectifs de la Suisse en matière de réduction d'émissions de CO2?
La troisième question est de nature technique: par quels moyens de production allons-nous remplacer les cinq centrales nucléaires, qui produisent aujourd'hui 37 pour cent, et jusqu'à 45 pour cent, de notre électricité en hiver?
La quatrième question est de nature économique: comment ferons-nous pour continuer à produire de l'énergie à prix raisonnable?
Il ne faut pas se leurrer: il ne suffit pas de mettre un couvercle sur les réacteurs pour qu'en lieu et place poussent, comme des champignons, des éoliennes. Nous voulons tous une Suisse verte, un ciel bleu, qui ne serait plus voilé par le crachat brumeux des centrales, et des sous-sols préservés de déchets radioactifs. Mais à part quelques "fundies" chez les Verts, nous ne sommes pas prêts pour autant à diminuer notre consommation, à pédaler pour créer notre propre électricité ou à payer plus cher. Nous voulons le beurre et l'argent du beurre.
Pour concilier l'inconciliable, nous avons besoin de temps et surtout d'une période de transition raisonnable. Celle-ci doit être suffisamment longue pour garantir, le jour J, quand les cinq centrales nucléaires seront éteintes, un approvisionnement énergétique de qualité et peu coûteux. En ne donnant que 45 ans de vie aux centrales nucléaires, les Verts et leur initiative font fi de la période de transition et font passer leur idéal écologiste avant tout le reste.
Les Verts embarquent la Suisse dans une course folle, qu'elle perdra d'avance. Notre pays n'est pas réputé pour sa rapidité et, dans un domaine aussi complexe que la production énergétique, il ne peut pas aller plus vite que les technologies et les mentalités locales. Mettre la charrue avant les boeufs aurait pour conséquence une hausse de nos dépenses vis-à-vis de l'étranger, mais aussi une hausse intolérable des coûts pour les familles et les entreprises.
Il faut être clair: je suis pour la sortie du nucléaire. Si je suis contre une sortie accélérée du nucléaire - ce que prévoit l'initiative populaire -, je ne donne pas pour autant carte blanche à la Confédération et aux exploitants. Les centrales nucléaires doivent être mises hors service avant qu'elles ne constituent un danger et ne doivent pas être remplacées. En cela, la proposition de la majorité de la Commission de l'environnement, de l'aménagement du territoire et de l'énergie du Conseil national, visant à prolonger la durée de vie des centrales par tranches de dix ans - proposition que j'ai soutenue -, si et seulement si l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire donne son feu vert, est pertinente. Il revient aux propriétaires de centrales d'être vigilants et à l'Etat de mener des contrôles adaptés. J'ai soutenu la proposition défendue par la majorité de la commission, car elle permet à la Suisse d'envisager son avenir énergétique de façon réaliste, sur une échelle temporelle flexible mais pas élastique.
Mes enfants, nos enfants vivront dans une Suisse sans centrales nucléaires, ceci doit être clair. Aujourd'hui, le Conseil national doit se poser la question suivante: veut-il une sortie accélérée ou une sortie réfléchie du nucléaire? L'initiative populaire des Verts nous invite à choisir la première solution et nous propose de nous ruer vers la première sortie de secours. Or on ne peut pas programmer une stratégie énergétique dans la précipitation, on ne peut pas envisager notre sortie du nucléaire en l'espace de quinze petites années. C'est pour cette raison que je vous invite à emprunter la deuxième sortie - la sortie réfléchie - en prenant dès aujourd'hui les mesures propres à mettre en place une sortie du nucléaire réussie. Une sortie du nucléaire issue de la fission, car nous devons continuer à promouvoir la recherche sur la fusion et les "cleantech"; nous devons profiter des experts qui peuplent nos universités ou nos écoles polytechniques fédérales pour innover.
Le premier volet de la Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral va dans la bonne direction et constitue un bon contre-projet à l'initiative des Verts. Ces derniers devraient donc la retirer et laisser le peuple s'exprimer sur la stratégie du Conseil fédéral. Je rappelle que mon parti, le Parti libéral-radical, a déposé une pétition demandant que le peuple suisse puisse se prononcer sur un objet aussi important que la Stratégie énergétique 2050.
Je vous invite à recommander le rejet de l'initiative populaire "Sortir du nucléaire".