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Tornare Manuel · Nationalrat · 2015-05-06

Tornare Manuel · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-05-06

Wortprotokoll

Que prévoit cette motion? La majorité - et je dis bien la majorité - de la Commission de politique extérieure a chargé le Conseil fédéral de "fortifier", comme l'a dit Madame Fiala, le réseau extérieur de la Confédération. Il s'agit d'augmenter les ressources financières du Département fédéral des affaires étrangères en vue de renforcer son personnel ainsi que son infrastructure.

Corollaire de la neutralité suisse, le principe d'universalité est un impératif - je dirai même presque un impératif catégorique - pour notre politique étrangère. La Suisse, vous le savez, représente encore certaines grandes puissances. Elle représente par exemple les Etats-Unis à Téhéran; jusqu'à quand? Pour l'instant, c'est toujours le cas. Mais en règle générale, si la Suisse n'est pas sur place, elle ne peut pas compter sur qui que ce soit pour défendre ses intérêts. Nous sommes un pays trop petit. De surcroît, depuis la chute du mur de Berlin en 1989, le contexte international auquel la Suisse doit faire face a évolué de façon radicale. Loin de la relative stabilité qui caractérisait le monde bipolaire de [PAGE 700] l'époque de la guerre froide, nous sommes aujourd'hui confrontés à des forces très diverses et souvent imprévisibles. On le voit tous les jours en lisant les journaux; hélas, c'est comme ça.

Les centres de gravité politique dans le monde se sont déplacés tandis que les enjeux internationaux ont considérablement gagné en complexité. Les risques qui se manifestent à l'échelle mondiale nous concernent directement: pandémies, terrorisme de Daech, crime organisé ou migrations, drames en Méditerranée par exemple, que nous voyons hélas trop souvent sur les écrans de télévision avec des malheureux livrés à eux-mêmes. Or, à l'heure actuelle, la Suisse ne semble guère être en mesure de répondre de façon adéquate aux défis précités. Ces dernières années, en effet, dans un cadre budgétaire très tendu, le département a réalisé des économies sur la base de trois formes d'intervention: les ambassades intégrées, les colocations ainsi que les centres consulaires.

Maintenant, cela suffit, le réseau extérieur a atteint ses limites. Ainsi, nombre d'ambassades n'ont comme personnel plus qu'un ambassadeur et une ou deux personnes recrutées sur place. En outre, les réductions budgétaires ont déjà clairement érodé notre capacité d'offrir de bons offices - ceux dont j'ai parlé tout à l'heure; on pourrait aussi parler de Cuba. De plus, le département ne peut pas mettre en place un certain nombre de projets qu'il juge nécessaires et que notamment les milieux économiques défendent, par exemple le renforcement ponctuel d'ambassades dans certains pays influents du G-20 ainsi que dans les Etats émergents d'Afrique et du Sud-Ouest asiatique. On entend souvent les milieux économiques demander cela, mais pour ce faire il faut de l'argent.

De manière plus générale, rappelons que les nouvelles technologies d'information et de communication ne peuvent pas se substituer à tout, contrairement à ce que peuvent croire certains. En réalité, la présence physique de diplomates, vous le savez bien, est l'atout essentiel de notre réseau. Je fais une petite parenthèse: une délégation de la Commission de politique extérieure - Madame Fiala et moi-même y étions - a fait un voyage au Pérou au mois d'octobre dernier. Nous avons vu sur place le travail considérable effectué non seulement par l'ambassadeur, mais aussi par des collaborateurs efficaces. Rien ne remplace le facteur humain dans les contacts avec le milieu politique, le milieu économique, les ONG et les réseaux sociaux sur place. Il convient de créer des relations personnelles avant l'émergence d'un problème, avant qu'une entreprise ou une ONG nous sollicite.

La majorité de la commission s'oppose à l'idée de libérer des ressources supplémentaires en compensant à l'interne du Département fédéral des affaires étrangères, vu que d'après ses représentants, il n'y a plus de marge de manoeuvre pour effectuer des restructurations dans ce sens. Nous en avons eu les preuves en commission.

Comme le formule le rapport que le département a rédigé à l'intention de notre commission, "le réseau des représentations de la Suisse à l'étranger est l'instrument le plus important pour la mise en oeuvre de la stratégie de politique étrangère."

Le Parlement ne doit pas être sourd à cette problématique. Ce qui est en jeu, c'est une certaine idée de la Suisse. Ah, on l'entend le discours sur l'idée d'une Suisse plus forte! La Suisse sera forte à l'intérieur, à condition d'être efficace aussi à l'extérieur, par effet de miroir.

La majorité de la commission vous invite à adopter la motion qui vous est soumise.