Lexipedia

Neirynck Jacques · Nationalrat · 2015-06-08

Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion CVP-EVP · 2015-06-08

Wortprotokoll

Le groupe PDC/PEV soutient résolument, mais sans trop d'illusions, le projet de Parc national d'innovation en Suisse. Il suivra la majorité de la commission parce que l'innovation est essentielle à notre activité économique de pointe. On le sait, la Confédération soutient déjà par son budget la formation et la recherche, mais ce budget est limité alors que les demandes foisonnent et vont surgir, par exemple la compensation du financement d'Horizon 2020 par l'Union européenne - un déficit de 450 millions de francs -, ou le doublement du nombre de médecins à former - 700 millions de francs de plus. Le seul appui supplémentaire de la Confédération ne peut provenir que d'un engagement de son patrimoine, en l'occurrence des 70 hectares de l'aérodrome militaire de Dübendorf.

Ce principe est simple, évident, positif, mais son application s'est compliquée et obscurcie. Le cadeau royal proposé à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich impliquait, politiquement mais pas scientifiquement, une forme de compensation pour la Suisse romande. Or l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne a déjà créé son parc d'innovation voici 25 ans sans rien demander à la Confédération. Elle n'avait donc besoin de rien. Mais on est passé petit à petit de l'idée d'un parc national à celle d'un réseau de parcs cantonaux tant le fédéralisme est contraignant et nocif en la matière. Chaque canton veut son "petit parc". Tout cela est déguisé par le mot "réseau" qui constitue une admirable invention lexicale, mais qui ne recouvre aucune substance réelle.

Cela nous incite à nous poser la question fondamentale suivante: à quoi sert un parc d'innovation? A rassembler en un lieu des chercheurs travaillant dans des laboratoires publics ou privés et, en particulier, à susciter la création de start-up en leur fournissant des locaux et un encadrement.

Pourquoi rassembler des chercheurs? Parce qu'un problème insoluble pour un chercheur isolé trouve naturellement, spontanément, sa solution par contact avec un autre chercheur rencontré dans un colloque, un séminaire, ou tout simplement dans une cafétéria. Or, il y a déjà 15 kilomètres entre l'EPFZ et Dübendorf, et donc ce principe élémentaire ne sera pas valable.

Dès lors la dilution spatiale d'un parc national en 26 mini-parcs cantonaux va à l'encontre du principe que l'on prétend mettre en oeuvre. Ce pis-aller souligne le manque de vision et de gouvernance au niveau de la Confédération. A titre d'exemple, celle-ci a refusé de céder les recettes récoltées à Dübendorf pour accorder des aides à fonds perdus aux autres sites; elle se portera garante des prêts consentis pour l'achat de matériel, mais seulement jusqu'à 350 millions de francs.

Telle est l'idée que se fait de la recherche une administration. Construire des locaux, oui parce que cela se voit, acheter des équipements, peut-être, mais pas trop. Et les chercheurs, d'où viendront-ils lorsque la Confédération définira des contingents selon la votation du 9 février 2014? Ces bâtiments que l'on va construire risquent bien d'être vides de talents.

Cet arrêté est donc une coquille vide - tout comme ces bâtiments vides - comme les lois antérieures sur la formation continue ou les bourses pour les étudiants. On proclame haut et fort d'excellents principes qui se dissolvent dans le manque de vision générale. Néanmoins, nous soutiendrons ces arrêtés parce qu'ils valent mieux que rien, tout en laissant beaucoup à désirer.