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Marra Ada · Nationalrat · 2015-09-23

Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-09-23

Wortprotokoll

Je me réjouis de cette initiative. Je me réjouis du débat qu'il peut y avoir en Suisse sur la question du revenu de base inconditionnel et des thématiques qu'elle soulève.

Il y a bien sûr le côté économique et social de la chose. La droite la refusera pour des raisons économiques, la gauche parce que les acquis sociaux sont en péril. Ce revenu a trois caractéristiques: il est universel et ne dépend donc pas des niveaux de revenus; ensuite, il est inconditionnel, versé automatiquement pour une durée illimitée; enfin, à la différence des versements sociaux actuels, il est individuel, c'est-à-dire qu'il ne dépend pas de la situation familiale.

Cette initiative soulève des thèmes passionnants et fondamentaux: à quoi sert le travail et qui en profite vraiment? En effet, avec un tel système, la marge de liberté de l'individu serait plus grande. Elle ne serait plus dépendante d'un capital qui n'est pas le sien. Le sens du travail évoluerait en un acte volontaire de participation à la société et la motivation au travail ne serait plus seulement de trouver de l'argent pour vivre. L'enrichissement accéléré de quelques-uns sur le dos de la majorité se verrait enfin barrer la route.

Cette initiative donne aussi une réponse à nos sociétés où la robotisation et l'informatisation donnent toujours moins de travail aux individus. Certaines études disent qu'une grande part des emplois - certaines prédisent la moitié des emplois - vont disparaître dans les vingt prochaines années. La question du temps libre choisi ou imposé aux travailleurs est posée. Et là on touche à la créativité. En libérant les individus d'une partie de leurs contraintes financières, on les encourage à lancer ou à rejoindre des projets pour lesquels la rentabilité n'entre pas forcément en ligne de compte, du moins pas dans un premier temps. Et les initiatives lancées seraient pensées en termes de durabilité, ce qui les rendrait plus solides.

Je ne me fais bien sûr aucune illusion sur l'issue du vote, que ce soit dans cet hémicycle ou devant le peuple. Pourtant je vais soutenir cette initiative qui demande l'introduction d'un revenu de base inconditionnel, parce que c'est la seule issue que je vois à l'impasse du capitalisme, qui m'offre une raison de respirer, voire d'espérer.

C'est la seule révolution que j'entends depuis la fin de la guerre froide, celle qui consiste à dire: "Changeons le monde, changeons nos paradigmes, changeons notre modèle économique, changeons notre rapport au travail, à la culture, à la connaissance."

Cette initiative m'interpelle parce qu'elle répond à une problématique de notre système social: des prestations sous conditions. De plus en plus de personnes n'ont pas accès aux prestations sociales. Nous l'avons vu lors des débats sur l'assurance-invalidité par exemple. Or, ce revenu serait inconditionnel - il ne dépend pas de votre situation ou de votre état.

Bien sûr que l'on peut émettre des critiques à l'encontre de cette initiative. Elle veut tout et tout de suite. D'autres ont déjà expérimenté ce concept, comme le Canada dans les années 1970 avec des personnes sans domicile fixe et avec des résultats tout à fait étonnants: la moitié des participants avait retrouvé un logement et s'était gentiment réinsérée dans la société - l'argent n'était pas utilisé pour boire ou pour jouer au casino. D'autres encore prévoient une étude de sa faisabilité, comme en Aquitaine ou ont prévu une expérimentation, comme en Finlande ou à Utrecht. A chaque fois, ce sera un pan de la société qui sera visé.

C'est justement pour cela qu'une minorité de la commission à cherché à lui opposer un contre-projet allant dans ce sens. Cette idée a été balayée d'un revers de la main, c'est pourquoi je soutiendrai cette initiative.