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Amarelle Cesla · Nationalrat · 2015-09-23

Amarelle Cesla · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-09-23

Wortprotokoll

Renforcer le revenu des ménages suisses et contribuer à une répartition plus juste des richesses constituent deux des raisons d'être du Parti socialiste. Les socialistes sont parvenus progressivement à concrétiser ces objectifs au prix de nombreuses luttes sociales et, grâce à la gauche, notre pays dispose aujourd'hui d'un Etat social, qui, bien que perfectible sur de nombreux plans, se laisse bien apprécier, y compris en comparaison européenne.

A première vue, l'initiative populaire "pour un revenu de base inconditionnel" devrait récolter un ample soutien au sein de la gauche. Personnellement, je suis de celles et ceux qui, tout en reconnaissant l'intention de cette initiative [PAGE 1782] louable au départ, ne peuvent pas la soutenir. La raison est toute simple: cette initiative ne permet pas de consolider ce qui constitue le fondement de notre Etat social, à savoir la valeur du travail ainsi que sa juste rétribution. Le revenu de base inconditionnel semble passer à côté de cette évidence fondamentale, et c'est regrettable.

Dire non à cette initiative ne correspond pas à un renoncement de politique sociale et à une simple validation naïve du système économique en place. Bien au contraire, ce qu'il faut en Suisse est un renforcement de la sécurité sociale et surtout une élimination de ses failles les plus patentes en lien avec le travail justement. La lutte contre les pauvretés doit acquérir aujourd'hui un rang de priorité nationale absolue alors que, dans de nombreuses villes du pays, le taux cumulé de personnes au chômage ayant recours à l'aide sociale et à l'assurance-invalidité dépasse aujourd'hui le 15 pour cent de la population active. Il est absolument impératif de créer une politique sociale au plan fédéral qui participe au soutien du pouvoir d'achat et à la relance de la dynamique économique par le travail.

En ce sens, permettez-moi juste de rappeler trois domaines d'action qui mériteraient qu'on leur donne la priorité au cours de la prochaine législature. D'abord, nous savons que l'absence d'un titre de formation professionnelle reconnu est un obstacle majeur à l'insertion professionnelle durable des jeunes sur le marché du travail. La meilleure solution consisterait aujourd'hui à développer des programmes d'insertion - à l'image du programme Forjad qui existe depuis dix ans - en orientant les jeunes systématiquement vers un apprentissage ou vers des bourses d'études plutôt que de les orienter vers l'aide sociale.

Les résultats sont aujourd'hui patents et préviennent des coûts sociaux de plusieurs centaines de millions de francs par an.

Ensuite, pour soutenir le pouvoir d'achat des classes moyennes, le groupe socialiste demande une chose simple: qu'aucun ménage, indépendamment de sa composition, ne consacre plus de 10 pour cent de son revenu au paiement des primes d'assurance-maladie. Tout montant dépassant ce taux devrait être déduit de la facture fiscale. Cette solution plafonne l'impact des augmentations de primes - et celles prévues pour 2016 seront importantes. Il est donc urgent de passer aux actes. En parallèle à cette mesure qui vise l'ensemble de la classe moyenne, il est aussi indispensable d'introduire sur le plan fédéral un instrument de complément des revenus pour les familles avec plusieurs enfants dont les parents travaillent. Cet instrument est connu, ce sont les prestations complémentaires pour familles. Plusieurs cantons l'ont déjà introduit - Tessin, Soleure, Vaud et Genève - et par ce biais, des milliers de ménages ont pu quitter l'aide sociale, soit prévenir l'usage à ce dispositif de dernier recours de notre système.

Enfin, le risque de pauvreté ne cesse d'augmenter avec l'âge et il persiste avec la retraite. Etre chômeur à plus de 50 ans signifie trop souvent ne plus pouvoir retrouver d'emploi stable. Pour permettre de faire bénéficier l'économie le plus longtemps possible de leur expérience, il s'agit par exemple de développer des programmes publics de soutien à des emplois de transmission de savoir-faire.

L'initiative qui nous est soumise aujourd'hui a été portée par des personnalités, des citoyens dont personnellement je partage les préoccupations et les convictions sociales. Toutefois, l'instrument proposé paraît passer totalement à côté de l'objectif actuel et des priorités de la politique sociale, soit de lutter efficacement contre la précarité financière de celles et de ceux qui, tout en travaillant, ne disposent pas de revenus suffisants.

S'il faut aujourd'hui recommander le rejet de cette initiative, j'espère vivement que les Chambres fédérales sauront empoigner ces défis sans tarder, dès la nouvelle législature.