Beck Serge · Nationalrat · 2002-03-05
Beck Serge · Nationalrat · Waadt · Liberale Fraktion · 2002-03-05
Wortprotokoll
L'aide humanitaire est destinée aux populations victimes d'une catastrophe ou d'un conflit armé lorsque les ressources propres d'un pays ou d'une région frappée par une crise d'une grande ampleur et intensité ne lui permettent pas d'y faire face sans aide extérieure. Elle a pour priorité la sauvegarde de la vie humaine, la réintégration et la réhabilitation, le renforcement des mécanismes locaux de défense et de prévention. Voilà la définition de l'aide humanitaire mise en place dans le cadre de la loi fédérale du 19 mars 1976 sur la coopération au développement et l'aide humanitaire internationales.
Nous avons à expliquer et à rappeler sans cesse à nos concitoyens les enjeux fondamentaux de ce volet de notre politique extérieure. Il convient de saluer la qualité du concept et des actions menées sous la conduite de la Direction du développement et de la coopération. Sa recherche des effets de levier dans les actions engagées, qui multiplient l'impact des moyens financiers engagés par notre petit pays à l'échelle de la communauté internationale, produit une action qui dépasse largement la proportionnalité, et je crois que les programmes "Cash for shelter" sont très illustratifs à cet égard.
Mais comme le souligne judicieusement le Conseil fédéral dans son message, la chute du mur de Berlin et la fin du clivage entre les blocs n'ont pas produit les effets que l'on pouvait escompter au bénéfice de la communauté des peuples et les conflits locaux se sont multipliés, s'ajoutant aux catastrophes naturelles, pour précariser la vie humaine dans de nombreuses régions de la planète.
La communauté internationale a des attentes particulières à l'égard de notre pays dont l'absence d'intérêts hégémonistes, la neutralité, la tradition humanitaire et le dynamisme des programmes d'aide conduits ces dernières décennies ont contribué à faire un intervenant privilégié. Face à des besoins et des attentes en croissance, nous avons à assumer le rôle d'un pays solidaire dont la générosité doit être proportionnelle à la situation économique forte.
C'est donc avec une grande satisfaction que le groupe libéral salue ce nouveau crédit-cadre de quatre ans qui est un pas sans doute trop modeste, mais un pas tout de même, vers l'affectation de 0,4 pour cent de notre produit intérieur brut à l'aide publique au développement.
Nous avons à accélérer cette croissance vers un objectif trop longtemps repoussé, l'exemplarité reste en effet un moyen privilégié de sensibiliser la communauté des nations au problème du développement et de l'aide humanitaire et certains pays du nord de l'Europe nous montrent la voie dans ce domaine.
Cet accroissement de l'aide humanitaire et de la coopération doit s'appuyer sur une large majorité de nos concitoyens. La politique d'information, par ailleurs bonne, de la DDC doit encore s'améliorer en particulier pour les volets de son action qui offrent le moins de visibilité, soit les activités de prévention de situations d'urgence et les activités de plaidoyer en faveur des victimes. Nous devons également démontrer notre crédibilité en mettant en évidence les corrections que nous avons apportées suite aux échecs que connaît inévitablement notre politique humanitaire et de développement - je pense particulièrement au Rwanda, pays de concentration de l'aide suisse, dans lequel le domaine de prévention de crises a vraisemblablement été un échec total.
[PAGE 44] En ce qui concerne la participation au budget du CICR, les libéraux saluent également l'intégration des montants dans le crédit-cadre, ce qui améliore la visibilité globale de l'effort de notre pays pour l'aide humanitaire. Il salue surtout l'accroissement de l'aide aux opérations sur le terrain. Le groupe libéral souligne cependant l'enjeu fondamental pour l'image de notre pays et pour la concrétisation de son action humanitaire que représente le maintien de l'indépendance totale du CICR à l'égard de ses principaux donateurs. Par la nature même de cette indépendance et par les valeurs humanitaires et éthiques défendues, l'organisation dérange, et les tentatives de prise de contrôle par des financements avec un aspect conditionnel occulte ne sont pas exclues, la querelle d'emblème ayant sans doute été symptomatique à cet égard. Il conviendra donc que le Conseil fédéral soit attentif et n'hésite pas à augmenter son soutien financier inconditionnel, même au-delà du crédit-cadre, pour faire échec à toute tentative d'OPA sur le CICR, qui reste l'étendard de l'action humanitaire de notre pays et qui est le garant du déploiement universel de la protection des droits fondamentaux de l'homme.
En conclusion, le groupe libéral vous invite à accepter le projet tel qu'amendé par la commission, la mention spécifique du CICR étant non seulement adéquate, mais indispensable. Il invite par ailleurs le Gouvernement à poursuivre et à accélérer la progression de l'investissement dans l'aide humanitaire et au développement dans le but d'atteindre 0,4 pour cent du produit intérieur brut. Nous estimons que nous devrions atteindre cet objectif dans les quatre ou cinq années à venir.