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AB 192

Lachat François · Nationalrat · Jura · Christlichdemokratische Fraktion · 1999-12-08

Wortprotokoll

Le problème qui nous occupe est simple et compliqué tout à la fois. Il est simple parce qu'il s'agit de marketing - osons le terme -, mais il est compliqué parce qu'il s'agit de notre essence, à nous autres Suisses. Etre et paraître! C'est de cela qu'il s'agit: être et paraître. Conjuguer l'être et le paraître, toute la difficulté est là. Quand l'être est pluriel, car nous sommes pluriels, nous autres Suisses, et que le paraître ne veut être que singulier, je vous laisse imaginer où se trouve la difficulté.

M. Deiss, conseiller fédéral, a dit devant la commission: "Ich will die Schweiz nicht verkaufen, ich will sie behalten." Je le cite en allemand non seulement parce qu'il s'est exprimé devant la commission en allemand, mais parce qu'il faut plusieurs périphrases pour traduire le verbe "behalten". Oui, notre être est pluriel, et ceci nous enorgueillit. Ce pays est en effet une très longue et continuelle construction, dont les matières premières et constitutives sont apparemment non miscibles. Il est donc parfaitement évident que traiter au singulier ces pluriels est extraordinairement dangereux. Pourquoi dangereux? Parce que nous touchons à notre identité.

Pour nous autres Suisses, l'identité est faite de facteurs beaucoup plus subjectifs qu'objectifs. En effet, si l'identité de la plupart des pays repose sur des faits réels - la géographie, la latitude, l'économie, la majorité, l'ethnie -, notre identité repose sur des différences. Différences acceptées et parce qu'acceptées, différences que nous respectons. Dès lors que tout repose sur la différence, il en va de notre image. De l'image que nous avons de nous-mêmes, mais aussi et surtout de l'image que les autres ont de nous-mêmes. Ainsi, l'être et le paraître fusionnent.

D'autres vont vous dire tout à l'heure qu'il faut parler de vocabulaire adéquat ou non adéquat; qu'il faut faire attention à ne pas tomber dans la propagande, ou à ne pas tomber dans l'autoflagellation; qu'il s'agit de combler des lacunes ou de combler une discontinuité. Il ne s'agit finalement que d'une seule chose, il s'agit d'une volonté! Cette volonté est de nous montrer tels que nous sommes et non pas tels que nous voulons être perçus par autrui.

C'est un problème lancinant, puisqu'il y a déjà eu une loi datant de 1976 - la loi fédérale du 19 mars 1976 instituant une commission de coordination pour la présence de la Suisse à l'étranger -, qui a essayé de mettre cette problématique en forme législative. Nous avons dû reconnaître dans un rapport que nous vous avons transmis en 1997 que la fameuse COCO a été incapable de remplir sa mission, parce que génétiquement elle était incapable de la remplir.

On va vous dire aussi qu'il y avait insuffisance ou absence de coordination, qu'il faut combler des lacunes, qu'il faut faire attention à une image qu'on veut sympathique ou à une image qu'on veut objective. Mais le fait est là: que cela plaise ou non, nous sommes uns et divers, à l'image d'une bouteille qui contient différents liquides qui ne se mélangent pas. Mais nous n'avons qu'une étiquette pour définir le contenu de la bouteille. Tout le problème est là.

Dès lors, je ne vous demanderai qu'une seule chose et je conclurai là-dessus: ayez l'humilité intellectuelle qui a conduit votre commission dans ses travaux. N'imaginons pas, n'espérons pas remplir cette fonction par voie exclusivement législative. Vous avez vu, nous avons flotté dans la terminologie. Vous avez vu que nous n'avons même pas suivi le Conseil fédéral au niveau du titre, mais parce que les choses sont difficultueuses. Alors, travaillons bien, mais avec humilité!

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