Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2002-03-06
Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2002-03-06
Wortprotokoll
Je dois dire en préambule que je trouve que ce débat, contrairement aux apparences - et quand je parle d'apparences, je pense notamment au fait qu'aujourd'hui nous ne jouons pas à guichets fermés -, est assez intéressant et je dirais même plus intéressant que d'autres années. Je dois aussi dire que je suis d'accord avec un certain nombre d'éléments qui ont été avancés notamment par MM. Cavalli et Maillard.
Il y a tout de même un point où j'ai une nuance assez importante à formuler. Pour moi, la mondialisation, à laquelle je donne pour définition l'intégration internationale des marchés, des biens, des services et des capitaux, n'est pas synonyme automatiquement de libéralisation et de privatisation parce que, à mon sens, celle-ci découle plus d'un rapport de forces politiques à l'échelle nationale ou internationale, comme notamment dans le cas de l'Argentine cité tout à l'heure. Une des meilleures preuves que l'on peut apporter à ce propos, c'est de prendre l'exemple de la France qui est un pays fortement intégré dans l'économie mondiale, mais qui a par exemple créé l'un des réseaux de TGV les plus performants du monde. Et à mon sens, cela a été possible parce que l'on a ce qui s'appelle en France un Etat planificateur, qui n'a d'ailleurs pas été mis en place par les socialistes mais par le général de Gaulle.
Maintenant les faits sont assez clairs sur les relations entre mondialisation et production de croissance; ils le sont aussi sur le fait que sans croissance, il n'y a pas de création d'emplois, ni de lutte contre les inégalités. Mais cette croissance, si elle est une condition nécessaire, n'est pas une condition suffisante. Pour que la lutte contre les inégalités prenne toute sa pertinence, il faut effectivement davantage de régulation démocratique, politique et sociale.
J'aimerais ici encore rappeler - parce que l'on a parlé beaucoup d'histoire - qu'en règle très générale, le développement des échanges économiques a été profitable à la stabilité sociale et politique et qu'à l'inverse, le protectionnisme a souvent conduit à des catastrophes comme août 1914 et septembre 1939, et je crois que personne ne souhaite revivre cela. Je trouve aussi, pour prendre un exemple tout récent dans la presse de ces derniers jours - d'ailleurs, ça m'intéresserait de savoir ce que vous en pensez, Monsieur le Conseiller fédéral -, déplorable l'attitude des Etats-Unis relativement aux taxes sur l'acier.
C'est vrai, comme a dit M. Cuche, que des secteurs doivent être protégés de façon limitée, comme celui de l'agriculture, mais je crois aussi que ladite agriculture a besoin d'une niche mondiale. A ce propos, j'aimerais juste terminer par une citation parce que - je vais vous en dire l'auteur à la fin - ça va peut-être vous faire sourire: "Manifester contre McDonald's et contre l'interdiction du roquefort aux Etats-Unis me paraît contradictoire. Aujourd'hui le vin biologique français ne peut pas survivre sans le marché allemand et l'agriculture de qualité en général a besoin du marché mondial." Et puis le même ajoute: "Lorsqu'on dit par exemple que Marks & Spencer licencie à cause de la mondialisation, on devrait ajouter que si cette chaîne de distribution a ouvert des grands magasins un peu partout en Europe et dans le monde, c'est aussi du fait de la mondialisation. Moralité: on est pour la mondialisation quand elle apporte des emplois, on est contre quand elle en supprime." Qui a dit ça? Personne ne le sait. C'est intéressant, c'est Daniel Cohn-Bendit. Mais il ajoute ceci: "C'est pour éviter ce genre de contradiction que je milite en faveur d'une plus grande cohérence de l'espace européen." Et évidemment que cette cohérence passe par la régulation politique et sociale.