Derder Fathi · Nationalrat · 2016-03-10
Derder Fathi · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2016-03-10
Wortprotokoll
Mon postulat 15.3369, "Pour une armée innovante", charge le Conseil fédéral de soumettre un rapport sur l'innovation au sein de l'armée. Plus spécifiquement et plus concrètement, il est chargé de se pencher sur les aspects suivants: proposer des pistes pour que l'armée devienne un acteur de la recherche scientifique et de l'innovation, notamment en ce qui concerne la cybersécurité; se pencher sur des modèles internationaux, en vigueur autour de nous, faisant de l'armée un secteur clé de la science et de l'innovation.
J'imagine que l'on entendra tout à l'heure le Conseil fédéral. Dans sa réponse, ce dernier a énuméré les domaines dans lesquels l'armée est aujourd'hui un acteur indirect, en spécifiant dans la conclusion qu'il devait rester indirect. Ce que je formule dans mon postulat, c'est précisément d'étudier la possibilité, pour l'armée, de devenir un acteur direct du secteur de la recherche, de la science et de l'innovation.
Avant d'avoir - je l'espère - des conclusions et une comparaison internationale sur d'autres pratiques, on peut citer deux pays qui ne sont pas connus pour avoir des armées faibles, mais au contraire dont les armées figurent parmi les plus puissantes du monde: les Etats-Unis et Israël. Les armées de ces pays ont intégré, très fortement, un rôle direct en matière d'innovation et de recherche scientifique.
L'armée américaine a développé la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), qui est l'une des agences d'innovation les plus performantes au monde. Il n'est pas question aujourd'hui que la Suisse crée une telle agence; on n'en a pas les moyens. Toutefois, avoir une cellule de recherche et d'innovation de ce type serait certainement un atout. D'ailleurs, le Pentagone ne regrette pas, depuis quelques décennies, la création de la DARPA, qui est à l'origine d'un certain nombre d'innovations majeures, comme le GPS et l'Arpanet, ancêtre d'Internet. Autant dire que la DARPA est un acteur majeur du monde de l'innovation.
Autre exemple que l'on peut citer: l'unité 8200 de l'armée israélienne. Il s'agit d'une unité d'élite qui permet de former des jeunes. En bref, l'armée est le principal incubateur de start-up d'Israël, ce dont les autorités sont conscientes, bien entendu, du fait que la sécurité d'un pays passe également par de très bonnes compétences en matière de recherche et d'innovation.
Voilà deux des pistes que nous pourrions étudier. Le domaine principal nous concernant en matière de sécurité en Suisse, c'est clairement la question plus spécifique - c'est ce que l'on demande dans le postulat - de la cybersécurité. S'il existe aujourd'hui des menaces réelles, concrètes et quotidiennes auxquelles la Suisse est confrontée, ce sont les menaces multiples de cyberattaques qui peuvent notamment toucher un domaine crucial comme celui de l'électricité et de l'énergie.
Nous devons impérativement renforcer aujourd'hui nos compétences et nos forces en matière de cybersécurité. De l'aveu d'un certain nombre de collaborateurs du département que nous avons sondés, on pourrait, par exemple, former aujourd'hui un vrai pôle de compétences en matière de cybersécurité qui, au sein du département, regrouperait à peu près 80 personnes, réparties dans divers domaines, et qui pourraient mieux collaborer. Si on disposait d'un vrai pôle de compétences au sein de l'armée en matière de cybersécurité, il pourrait, premièrement, augmenter ses performances et, deuxièmement, servir de vrai interlocuteur ensuite à d'autres départements, tels que le Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche, par exemple, ou aux hautes écoles. Un tel pôle pourrait renforcer la collaboration avec les écoles polytechniques fédérales, avec le Département fédéral des affaires étrangères, bien entendu, voire également - je le mentionnais tout à l'heure - le Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication. En effet, s'il existe un domaine crucial sur lequel peuvent porter des cyberattaques aujourd'hui, c'est bien celui de l'énergie et de l'électricité.
Pour toutes ces raisons, nous avons tout à gagner à prendre un peu de temps aujourd'hui, en faisant établir un rapport chargé d'analyser en quoi notre armée peut devenir un acteur clé de ce secteur, que ce soit pour notre sécurité à court terme - la cybersécurité aujourd'hui -, ou pour investir dans l'avenir et être un acteur dans la formation des futurs ingénieurs, des futurs scientifiques, qui peuvent également être compétents dans des domaines sur le plus long terme.
Pour toutes ces raisons, nous vous recommandons d'accepter ce postulat.