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Polla Barbara · Nationalrat · 2002-03-14

Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2002-03-14

Wortprotokoll

Ce qui a motivé mon initiative parlementaire, c'est d'abord la façon dont s'est déroulée, il y a maintenant plus d'un an, l'attribution des pôles de recherche nationaux. En effet, alors qu'initialement, il était prévu que cet instrument serve aussi au soutien des sciences humaines et sociales, vous vous souvenez tous qu'au bout du compte, aucune attribution n'a eu lieu dans ce sens. Cet état de fait nous a beaucoup inquiétés, nous tous qui sommes préoccupés par l'évolution des sciences humaines en Suisse. Et c'est pourtant un médecin et biologiste qui vous parle, mais très consciente que nous avons, aujourd'hui plus que jamais, besoin des sciences humaines, parce que "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme".

Mais, bien sûr, la valeur des sciences humaines ne réside pas seulement dans l'accompagnement des sciences dites exactes; elles ont leur valeur propre, diachronique et fondamentale. J'aimerais à cet égard citer le professeur Gérald Berthoud, directeur de l'Institut d'anthropologie et de sociologie de l'Université de Lausanne, qui le dit mieux que je ne saurais jamais le faire: "Les sciences humaines et sociales [PAGE 260] trouvent leur raison d'être dans la situation ambivalente et paradoxale de la condition humaine. Leur responsabilité réside plus que jamais dans l'élaboration d'un savoir argumenté pour réfléchir sur le monde et la condition humaine. Elles doivent défendre l'idée que toute société favorisant la seule dimension instrumentale ou fonctionnelle de la vie n'est pas viable à long terme. Il y a urgence à rappeler qu'une société durable ne peut se construire que dans la recherche permanente d'un équilibre, et c'est dire que les savoirs dits féminins se doivent d'alimenter le débat éthique et politique du bien-agir et du bien-vivre ensemble, une tâche irremplaçable pour les sciences humaines et sociales, pour autant que les décideurs leur en donnent les moyens."

C'est justement là le souci qui nous anime: les moyens. Il semble bien que les sciences humaines et sociales ne bénéficient pas, à l'heure actuelle, et ce depuis trop longtemps désormais, en Suisse, de la reconnaissance et du soutien dont elles ont absolument besoin.

C'est pourquoi j'ai déposé cette initiative parlementaire qui demande, en fait, très simplement qu'à l'article 1er "But et principes" de la loi fédérale sur la recherche, on précise que sous recherche scientifique on entend aussi les sciences humaines, pour toutes féminines qu'elles soient, ce dont on pouvait en fait bien douter après l'attribution des pôles de recherche nationaux.

Mais, au sein de la commission, on a estimé que la voie proposée de l'initiative parlementaire n'était pas la bonne, que l'objectif de sensibilisation était d'une certaine façon, d'ores et déjà, atteint, et qu'il fallait surtout des mesures plus concrètes qu'une initiative parlementaire pour soutenir les sciences humaines et sociales. Même les opposants à mon initiative parlementaire ont très clairement réaffirmé leur soutien aux sciences humaines et sociales, et je me réjouis à cet égard d'entendre les rapporteurs.

Quoi qu'il en soit, j'aimerais encore souligner que soutenir les sciences humaines et sociales, c'est aussi soutenir l'ensemble de la recherche scientifique, si tant est que les budgets sont liés et qu'ils passent tous par l'augmentation du financement des universités.

Je vous remercie donc d'aller constamment dans ce sens, car c'est aussi la meilleure façon de soutenir les sciences humaines.