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Golay Roger · Nationalrat · 2016-06-16

Golay Roger · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2016-06-16

Wortprotokoll

L'initiative parlementaire Reimann Lukas a pour but de modifier l'article 57 de la Constitution. Son auteur souhaite ajouter un alinéa 3 qui prévoit: "La Suisse contrôle ses frontières de manière autonome et systématique."

Cette initiative parlementaire a tout son sens. En effet, depuis l'entrée de la Suisse dans l'espace Schengen, nous constatons que notre sécurité n'est pas ce qu'elle doit être et que le contrôle de l'immigration ne répond pas à ce à quoi nous pouvions nous attendre. En quelque sorte, l'accord de Schengen a été une simple illusion qui nous a fait croire que des conditions de sécurité optimales étaient remplies. Aujourd'hui, le rêve d'une Europe forte et sécurisée s'est éteint. Il faut se rendre à l'évidence: la crise migratoire que traverse notre continent a démontré les limites de ce système de protection des frontières. Le nier relève de l'irresponsabilité la plus totale.

Pour sa protection, la Suisse doit d'abord compter sur elle-même et ne pas dépendre uniquement de ses voisins, ceux qui peinent déjà à assurer la sécurité de leur propre territoire en raison de frontières extérieures à l'espace Schengen trop perméables. Nous ne pouvons pas espérer un changement rapide de cette situation catastrophique. En somme, nous pouvons le dire: Schengen, dans la configuration présente, est un échec total.

Actuellement, huit pays membres de Schengen ont également constaté les défaillances de ce système de sécurité européen et ont réintroduit sans autre des contrôles systématiques à leurs frontières intérieures. Malheureusement, certains élus de notre pays, par leur naïveté, croient toujours aux prétendus bienfaits du système Schengen. Au contraire, nous devons prendre conscience que la réalité des flux migratoires risque de nous atteindre fortement et mettre ainsi en danger la cohésion nationale en affaiblissant gravement notre système social.

Même à l'étranger, on ne croit plus en ce système de sécurité. Pour preuve, le professeur de la prestigieuse Université Paris-Sorbonne, Gérard-François Dumont, géographe spécialiste de l'Europe, estime que, sur le volet sécuritaire, cela fait longtemps que Schengen est mort. Le Parlement ne doit pas se contenter d'être le spectateur d'une crise qui nous échappe, mais doit reprendre un rôle d'acteur, ce qui [PAGE 1147] requiert d'assumer ses responsabilités pour préserver l'unité de notre pays.

Malgré les compétences et les qualités du Corps des gardes-frontière, les effectifs ne sont pas suffisants pour assurer la protection souhaitée par nos concitoyens. L'augmentation des moyens à donner pour y parvenir peut se réaliser sous différentes formes: en augmentant drastiquement l'effectif du Corps des gardes-frontière et/ou en demandant l'appui subsidiaire de l'armée; ceci reste un choix politique. Toutefois, devant le risque que la situation dégénère encore davantage, nous devons prendre les mesures adéquates. Il convient donc, dans un premier temps, de légiférer en complétant la Constitution par l'ajout de la disposition stipulant que la Suisse doit disposer d'un contrôle autonome et systématique de ses frontières. En effet, nous devons lancer à la population un signal fort indiquant que notre pays n'est pas un self-service pour les criminels qui s'en donnent à coeur joie sur notre territoire, mais aussi que notre esprit humanitaire et d'accueil envers les migrants n'est pas illimité.

Aussi, les dangers liés au terrorisme qui peut frapper dans nos villes devraient suffire à nous conduire à approuver l'initiative parlementaire Reimann Lukas et les dispositions qu'elle contient. Ne pas le faire, c'est mettre en danger notre population face à ces nouvelles menaces. Ne nous comportons pas comme des doux rêveurs croyant que les frontières ne sont plus nécessaires à notre époque. Au contraire, elles sont là pour nous protéger d'un monde devenu de plus en plus instable et imprévisible. D'autres pays l'ont compris; nous aussi nous devons prendre nos responsabilités, afin de préserver la Suisse d'un danger majeur.

En plus, un élément primoridal qui devrait nous inciter à soutenir cette initiative parlementaire est apparu dans le courant du mois de mai 2016. Il s'agit du sondage de l'institut MIS Trend, publié par "L'Hebdo", qui indique que 70 pour cent des Suisses veulent des contrôles systématiques aux frontières. Vous l'avez bien entendu: 70 pour cent des Suisses seraient actuellement prêts à soutenir l'initiative parlementaire Reimann Lukas. Dès lors, répondons aux attentes de nos concitoyens.

Pour ces motifs, je vous demande, au nom de la minorité de la commission, de donner suite à cette initiative parlementaire.