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Schwaab Jean Jacques · Nationalrat · 2002-03-20

Schwaab Jean Jacques · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2002-03-20

Wortprotokoll

J'ai envie de dire qu'il n'y a pas grand-chose à dire sur l'initiative populaire de l'Union démocratique du centre, sinon qu'elle doit subir le sort de toutes celles qui l'ont précédée, notamment en 1996 et en 2000.

Pour ma part, le message du Conseil fédéral est clair; il suffit, si besoin est, à se forger une opinion. Je crois que c'est faire beaucoup d'honneur aux auteurs de l'initiative que d'y consacrer un long débat. Ils ne sont d'ailleurs pas tellement présents dans la salle. Mais c'est à eux que je voudrais dire une ou deux vérités pas très agréables, mais à mon avis nécessaires.

Bien sûr, je ne suis pas contre le principe de l'initiative populaire, c'est le jeu démocratique. Je ne suis même pas contre les idées, même lorsqu'elles sont détestables, elles relèvent de la liberté d'expression. Mais c'est contre l'exploitation de sentiments bas que les humains peuvent avoir les uns contre les autres que je m'élève. Une exploitation doublée d'une forme d'escroquerie, puisqu'on promet l'illusion d'un petit pays heureux, tout seul au milieu d'un monde d'affreux peuplé d'individus qui ne pensent qu'à nous envahir pour mieux nous dépouiller de ce que nous avons consciencieusement épargné.

Oh, j'entends déjà vos protestations effarouchées et indignées: nous ne sommes pas des racistes, nous ne sommes pas des xénophobes, nous ne sommes même pas égoïstes! On ne peut simplement pas recueillir tous les malheureux du monde. Eh bien c'est faux. Les auteurs de l'initiative sont des xénophobes! La démonstration en a été faite lors des dernières élections vaudoises, le week-end dernier. Au premier tour, en même temps que nous votions pour ou contre l'adhésion à l'ONU, un candidat marginal dont le seul programme - si l'on peut parler de programme - était la haine de l'étranger, ce seul candidat a recueilli 5000 suffrages sur son nom. Au deuxième tour, lorsque les opposants à l'ONU - qui sont pour beaucoup les mêmes que les partisans de votre initiative, Mesdames et Messieurs du groupe de l'Union démocratique du centre, ou plutôt les suiveurs de cette initiative - ne se sont plus déplacés, le candidat raciste n'a même pas obtenu 300 voix.

Au moins pour l'ONU les choses étaient claires. Chacun pouvait apprécier les arguments pour et contre. Mais cette initiative, qui concerne l'asile, est beaucoup plus perverse. Elle l'est d'abord par son titre. Comment peut-on être contre des mesures destinées à prévenir des abus? Or, ce que l'on veut vraiment par cette initiative, ce n'est pas lutter contre les abus, mais détruire ce qu'il reste de notre vocation de terre d'accueil qui devrait faire, au contraire, l'honneur de la Suisse. C'est un principe fondamental du droit que l'abus ne bénéficie de toute manière d'aucune protection juridique. Comme le relève le Conseil fédéral, notre législation contient déjà toutes les dispositions qui permettent d'empêcher que certains - et il y en a, je l'admets - ne profitent d'un statut auquel les circonstances ne leur donnent pas droit.

Votre but, Mesdames et Messieurs les défenseurs de l'initiative, n'est pas de fixer de nouvelles règles, mais d'exacerber [PAGE 359] les ressentiments d'une partie de la population, souvent la couche la moins favorisée, et de catalyser ses ressentiments contre les étrangers qui nous envahissent et qui abusent de nous. C'est cela le populisme qu'il faut dénoncer. Mais c'est surtout l'abus manifeste des règles de la démocratie que vous prétendez défendre qu'il faut dénoncer. C'est comme cela que l'on finit par adopter des lois d'exception dont on sait malheureusement où et à quoi elles conduisent. Plus que votre initiative, c'est votre démarche et vos véritables objectifs qui sont détestables, contraires à toutes les valeurs que les vrais démocrates de notre pays se sont toujours efforcés de promouvoir.

Il faut rejeter cette initiative populaire.