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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2016-09-13

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2016-09-13

Wortprotokoll

C'est relativement simple, mais, en même temps, chacun a sa façon de voir les choses, y compris chaque personne qui entreprend une migration aussi risquée. La Syrie était un pays auquel beaucoup pouvaient s'identifier et dans lequel la plupart des personnes et des familles se projetaient à long terme. Au fond, elles ont connu un pays qui donnait des chances et beaucoup d'entre elles n'ont pas encore perdu l'espoir que cela sera possible à nouveau - et c'est assez remarquable après quatre ou cinq ans de crises. Elles restent donc dans la région et espèrent pouvoir rentrer, pour vivre à nouveau dans une Syrie qui sera un peu la même qu'avant. Cela m'étonnerait qu'elle redevienne comme avant, mais toujours est-il qu'elle offre encore des perspectives pour certaines personnes, pour les Syriens. Cela dit, le temps passe, et évidemment qu'un certain nombre de personnes d'origine syrienne ont commencé, il y a environ deux ans, à se poser sérieusement la question de savoir s'il y aura suffisamment de perspectives un jour en Syrie pour elles-mêmes et leurs enfants. Par conséquent, celles-ci aussi commencent à souhaiter partir plus loin.

En revanche, dans beaucoup d'autres régions, par exemple en Afrique ou en Afghanistan, fragilisées pendant tellement de temps, plus personne ne croit réellement, ou du moins croit trop peu, à des perspectives pour l'avenir, parce qu'il y manque les éléments fondamentaux d'une société: l'état de droit, une justice indépendante, l'absence de violations constantes des droits de l'homme, une situation économique qui permette de vivre avec les siens, des possibilités de formation, etc., bref, des perspectives. Au contraire, on a des situations tellement terrifiantes, par exemple au nord du Nigeria, avec la guerre entre l'armée nigériane et Boko Haram, que les populations civiles n'ont absolument plus aucun espoir dans leur région. Personne ne croit que les choses vont s'améliorer, ou alors très peu de personnes. Les gens sont donc prêts à prendre des risques énormes pour traverser des zones dans lesquelles une bonne partie de ceux qui essaient de migrer vont laisser leur vie, et ils le savent. Par conséquent, quand ils arrivent en Libye et voient que la situation y est insoutenable, ils veulent aller plus loin. Le but est donc d'aller plus loin.

La seule réponse, c'est de continuer le travail de résilience dans les pays qui pourraient être des pays d'origine, qui le sont pour certains.

Il y a quelques mois, je vous donnais l'exemple du Burkina Faso, qui est l'un des pays les plus pauvres du monde, mais qui n'a pas de réfugiés. Personne ne quitte le Burkina Faso pour essayer de traverser le désert pour aller en Europe, parce que, depuis des années, des efforts énormes ont été faits par ce pays et par la communauté internationale, notamment par la Suisse, qui est très engagée dans ce pays, pour raffermir les structures de base de la société civile. C'est ce qui a permis au Burkina Faso de répondre de manière très courageuse lorsqu'il y a eu une augmentation du nombre d'actes terroristes, qui ont d'ailleurs frappé la Suisse également, puisque des Suisses y ont laissé leur vie.

Je crois que la seule bonne politique consiste à renforcer la résilience et à prévenir les crises. Mais en Afrique, et aussi dans d'autres régions, par exemple en Afghanistan, il y a tellement de situations difficiles, qu'il y aura encore des gens qui seront prêts à tout pour arriver là où ils auront peut-être de meilleures perspectives.