Mazzone Lisa · Nationalrat · 2017-03-02
Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2017-03-02
Wortprotokoll
Dans ce dossier, comme cela a été dit, il s'agit d'anticiper. L'Accord de Paris est à marquer d'une pierre blanche. Face à l'urgence climatique, un engagement global est nécessaire. Et l'histoire s'est écrite à Paris, car une étape sérieuse a été franchie: tous les pays s'engagent; cet accord est universel.
Sur les 194 Etats signataires, 133 l'ont déjà ratifié, dont la Chine, les Etats-Unis et l'Union européenne. La rapidité du processus illustre bien la volonté commune de faire face à l'urgence. Notre cap à tous est d'atteindre zéro pour cent d'émissions de CO2 pour limiter le réchauffement à 1,5 degré par rapport à l'ère préindustrielle.
En Suisse, cela fait plus de vingt ans que l'on s'est engagé sur la voie de la protection du climat, pour la raison bien simple que protéger le climat, c'est s'offrir un avenir. Car ce qui est en péril, ce sont nos conditions d'existence sur terre, et donc aussi évidemment en Suisse.
Depuis la publication des rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, on a pu scientifiquement établir un lien entre l'activité humaine et la dérégulation climatique. Nos émissions de CO2 progressent et nous menacent; elles menacent nos enfants, nos petits-enfants.
En Suisse, on en a la preuve sous nos yeux: les glaciers - nos châteaux d'eau douce - fondent et se rétractent. La neige nous boude, et la limite des chutes monte, au grand désespoir des amateurs de sports d'hiver. Concrètement, la température moyenne annuelle a pris l'ascenseur, grimpant de 1,8 degré en Suisse contre 0,85 degré sur l'ensemble de la planète.
Ainsi, des scientifiques ont pu montrer, en novembre dernier, que la Suisse sera particulièrement affectée par le dérèglement climatique. Et ce n'est pas que le tourisme, mais aussi l'agriculture, qui en seront victimes.
Pourquoi la Suisse? Car les Alpes, qui font notre fierté, couvrent une grande partie de notre territoire. L'inconvénient de cette chance d'avoir les Alpes, c'est que le réchauffement climatique est deux fois plus rapide dans l'arc alpin. Il se solde par des déplacements de terrain, des chutes de pierres, des éboulements, des inondations, des vagues de sécheresse. Malheureusement, cela ne relève pas que de prévisions, c'est aussi et déjà une réalité, et le réchauffement à l'oeuvre amplifie et augmente les épisodes de ce type. Entre le manque d'eau et la propagation de plantes nuisibles et envahissantes, l'agriculture est aussi en ligne de mire.
Signer l'Accord de Paris, qui fixe un objectif clair de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce n'est donc pas que pour nos enfants. C'est aussi, pour les régions de montagne et pour les agriculteurs, une chance dans l'immédiat. C'est également le cas pour notre continuité économique, car les coûts de l'inaction sont beaucoup plus élevés.
Les conséquences du réchauffement climatique ont un coût conséquent en Suisse lorsqu'elle doit y remédier et s'y adapter. Ce risque est largement reconnu, également par des [PAGE 145] acteurs comme le WEF, le Forum économique mondial. En outre, les personnes qui doivent quitter leur lieu de vie pour trouver un refuge ailleurs sont déjà nombreuses; on compte plus de réfugiés climatiques que de réfugiés qui fuient les guerres.
L'objectif que tous les pays cherchent à atteindre, c'est la neutralité climatique. C'est l'horizon qui doit nous orienter pour fixer ensuite la voie sur laquelle nous voulons nous engager. C'est pourquoi les Verts revendiquent 60 pour cent de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030, afin que la Suisse se donne réellement les moyens d'opérer un virage et de s'engager dans une dynamique mondiale. L'objectif doit être à la mesure de l'urgence.
Toutefois, s'engager pour le climat, c'est non seulement faire face à une urgence inquiétante, mais aussi saisir une immense opportunité. C'est une opportunité pour une économie locale, d'abord, car le tournant énergétique mise sur l'investissement dans les ressources et les sources d'énergie locales, qui constituent une valeur ajoutée ici en Suisse. C'est une opportunité pour l'innovation aussi. Qui sait comment nous vivrons dans quinze ans et qui aurait pensé, il y a quinze ans, que le développement technologique allait être aussi rapide? Ce n'est pas un hasard si plusieurs grandes entreprises se sont également dotées d'objectifs ambitieux. D'ailleurs, Economiesuisse s'est prononcée, dans le cadre de la consultation, pour le projet du Conseil fédéral contenant l'objectif d'une réduction de 50 pour cent des émissions. C'est aussi une opportunité pour notre société - je le dis aussi en tant que jeune - de se projeter et de se construire un avenir ainsi qu'un récit qui soit lumineux, en ces temps où les récits apocalyptiques sont les plus courants.
Alors: 60 pour cent, 50 pour cent ou 40 pour cent? La Suisse a annoncé un objectif de 50 pour cent, et ceci de manière formelle. En augmentant cet objectif, on se donnerait les moyens d'enclencher plus sérieusement le processus. Concrètement, c'est comme lorsque l'on veut faire virer un énorme paquebot: cela prend énormément de temps à le faire bifurquer, mais une fois que le paquebot a amorcé le virage, eh bien il avance. En diminuant l'objectif comme le vise aujourd'hui une proposition de minorité, la Suisse deviendrait le premier pays à revoir à la baisse son objectif initial après l'avoir annoncé. La Suisse deviendrait un pays qui décide de se faire remarquer par un mouvement négatif envers cet accord historique.
Pourtant, cet accord historique nous sert directement. Je le répète: le réchauffement climatique nous affecte davantage en Suisse. Nous aurions donc tout intérêt à ce que la communauté internationale s'engage. Nous profitons de cet engagement international et nous en tirons un avantage évident. Aujourd'hui, soyons fiers de nous inscrire dans l'histoire! Une réduction de 50 pour cent des émissions, c'est un minimum. C'est pourquoi les Verts revendiquent une diminution de 60 pour cent et espèrent que nous nous mettrons tous d'accord pour nous inscrire dans cette histoire avec fierté et avec des perspectives.