AB 21551
Maury Pasquier Liliane · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2002-03-22
Wortprotokoll
La présidente (Maury Pasquier Liliane, présidente du Conseil national): J'ai le plaisir de vous accueillir aujourd'hui dans cette salle - dont je suis un peu la locataire pour une année - et de vous souhaiter la bienvenue pour commémorer le centième anniversaire du Palais fédéral. Né à la croisée de deux siècles, comme de nombreux édifices parlementaires qui ont vu le jour en Europe vers la fin du XIXe siècle - comme le Parlement de Vienne ou l'édifice du Reichstag à Berlin -, le Palais fédéral suisse, de Hans Wilhelm Auer, se distingue de monuments du même genre par sa conception artistique qui en a fait un édifice spécifiquement suisse reflétant la diversité de notre pays.
Plus que celle de tout autre édifice, l'histoire de ce palais se confond avec l'histoire de notre pays. En effet, c'est ici qu'ont été élus deux généraux, 70 conseillers fédéraux, parmi lesquels trois conseillères, et 175 juges fédéraux. C'est dans nos deux hémicycles qu'ont retenti les propos plus ou moins éloquents de plus de 2000 parlementaires. C'est ici que se sont prises les principales décisions historiques significatives - politiques, économiques ou sociales.
Des événements historiques ont marqué la vie de ce bâtiment: la grève de 1918, l'instauration de la représentation proportionnelle avec la fin de la domination radicale - imaginez donc, même si les radicaux ne sont plus ce qu'ils étaient, qu'ils occupaient 100 sièges sur les 167 du Conseil national - et l'entrée des agrariens puis des socialistes au Conseil fédéral. C'est ici que le Parlement a préparé les grandes révisions législatives et constitutionnelles: pensons à l'AVS, au suffrage féminin, à la loi sur la protection de l'environnement, à la nouvelle constitution, à l'adhésion aux Nations Unies. C'est ici que les Chambres fédérales ont discuté de l'introduction de l'assurance-maternité, pour la première fois en 1908, ou d'une motion prévoyant un Conseil fédéral à 9 membres, en 1917 déjà, ou encore d'une pétition en faveur du service civil, en 1923. Et il y a encore nombre d'exemples de sujets débattus il y a près d'un siècle que nous retrouvons actuellement dans nos ordres du jour.
Mais des événements de la vie ont aussi marqué ces murs: des scènes de pugilat (1930), l'agression d'un conseiller fédéral (1932) ou des vitres brisées par des jets de pierres (1948). Nos langues nationales y ont bien évidemment résonné mais aussi l'espagnol et l'indien, le grec et le chinois, le russe et l'indonésien. Un conseiller fédéral est mort en pleine séance du Conseil national mais, à ma connaissance, aucun enfant n'y est né! Peut-être que s'il y avait eu plus de sages-femmes ou plus de femmes en âge de procréer .... (Hilarité) Sans même évoquer d'histoires d'amour, on peut donc remarquer que le Palais fédéral n'est pas une forteresse coupée de la vie du monde mais qu'on y vit. Demandez donc aux collaboratrices et collaborateurs des Services du Parlement qui permettent son bon fonctionnement.
Même si le nombre de Suissesses et de Suisses qui l'ont visité est peu important, ce bâtiment, mieux que tout autre, symbolise la Confédération. Même si les enfants qui se réjouissent de venir dans un Palais sont souvent déçus par la première vision de ce bâtiment d'un gris austère, chaque personne ou presque, en Suisse, reconnaît sa silhouette ou sa Salle des pas perdus, ne serait-ce que par les nombreuses retransmissions télévisuelles qui en sont faites au fil des jours et des débats.
Il est donc normal de profiter de cet anniversaire pour rendre hommage à l'architecte Hans Wilhelm Auer pour qui le Palais fédéral constituait à la fois le coeur même de la Suisse, le refuge suprême de l'indépendance, de la liberté et de la paix, et le phare destiné à guider dans leur marche le peuple et les cantons, à Johann Albert Lüthi qui a conçu les écussons cantonaux sous la coupole, à Clément Heaton qui a réalisé la mosaïque qui arbore la devise nationale "Un pour tous, tous pour un" - il n'y avait pas encore de langage épicène -, au conseiller national tessinois Antonio Soldini, auteur des quatre médaillons représentant l'éducation, la justice, les travaux publics et la défense, à James Vibert, le sculpteur du monument des Trois Suisses, au peintre Charles Giron qui a exécuté la fresque majestueuse qui décore notre salle, et à tant d'autres artistes.
Plusieurs événements ou créations ont été prévus pour marquer ce centenaire. Un timbre-poste, dû au talent de Matthias Gnehm, a été émis. Nous avons confié au même Matthias Gnehm et à Francis Rivolta le soin de concevoir une bande dessinée qui permettra à chacune et chacun de découvrir les entrailles du Palais fédéral. Les initiés constateront que la couverture du livre paru voici un siècle a servi pour la conception de la couverture de "Blanc Mystère". Chacune et chacun pourra admirer le soin avec lequel les dessins sont exécutés et apprécier l'intrigue policière.
Ne voulant pas nous confiner dans la seule évocation du passé, nous avons aussi voulu associer un grand architecte de notre temps à cette cérémonie, Jacques Herzog, qui vient de s'illustrer en donnant un lustre nouveau à un immeuble industriel sis aux bords de la Tamise et qui abrite maintenant la Tate Modern de Londres, que je ne peux que vous recommander, ayant eu la chance de le visiter l'été dernier, ainsi que le meilleur connaisseur de cet édifice, Urs Staub, chef de la Section Beaux-arts et arts appliqués de l'Office fédéral de la culture, qui présentera un exposé sur le thème "Le Palais fédéral, monument historique de 1902". Il saura certainement nous rendre cet édifice encore plus attachant.
Enfin, dans le courant de l'été, on pourra visiter une exposition conçue par MM. Christian Stauffenegger et Ruedi Stutz, organisée conjointement par l'Office fédéral des constructions et de la logistique et les Services du Parlement. Elle sera consacrée à l'architecture de l'édifice, qui est à la fois un monument historique et un bâtiment officiel. Des artifices techniques avec diapositives et miroirs inciteront les visiteurs à jeter un regard nouveau sur nombre d'aspects du Palais fédéral qui n'apparaissent pas au premier coup d'oeil. Certains grands événements politiques seront aussi englobés dans l'exposition.
A sa naissance, le Palais fédéral avait été voulu comme l'apogée d'une histoire de la Suisse qui, commençant avec le serment du Grütli pour s'achever avec la Constitution de 1874, devait aboutir inévitablement à l'Etat radical. A en croire les polémiques dans la presse du début du siècle passé, il n'était pas du goût de tout le monde mais il a fini [PAGE 485] par être adopté par le peuple suisse tout entier au point de se confondre avec la Confédération elle-même.
Si le Palais fédéral reste le symbole d'une Suisse qui peut légitimement être fière d'elle-même, il a su s'adapter constamment aux réalités de la vie au fil du siècle écoulé, que l'on pense à l'introduction des retransmissions radio- puis télédiffusées, à l'installation du vote électronique ou au développement des liaisons par Internet, entre autres exemples. Ce faisant, il démontre à la Suisse la nécessité de savoir changer à temps dans un monde en constante évolution.
Je souhaite à ce Palais et à la Suisse de pouvoir fêter, dans cent ans, de nombreux événements aussi pacifiques et ouverts au monde que passionnants. (Applaudissements)