Tornare Manuel · Nationalrat · 2017-09-14
Tornare Manuel · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-09-14
Wortprotokoll
Il y a un pays qui vient de mettre en application l'équivalent de l'initiative populaire dite "No Billag", c'est Israël. Il y a quelques mois, Benyamin Netanyahou, premier ministre israélien, a en effet fait fermer les radios et les télévisions publiques, trop critiques, selon lui, envers ses problèmes de corruption. Résultat des courses: on a donné au peuple du pain et des jeux, soit des chaînes privées qui diffusent des séries américaines très souvent idiotes et des jeux télévisés qui ne rehaussent pas le niveau des médias israéliens. Il n'y a qu'une seule télévision israélienne un peu critique et qui invite des Palestiniens et des Israéliens sur son plateau, mais elle est francophone et basée en partie à Genève, à Paris et à Jaffa. Elle s'appelle I24 et est diffusée en Israël. Voyez le résultat des courses! Ce n'est pas ce que nous voulons.
L'initiative interdirait à la Confédération de subventionner toute chaîne de télévision ou de radio et de prélever une redevance de réception. Cette dernière fonction ne pourrait pas non plus être déléguée à un tiers, comme actuellement à Billag. Tout au plus Berne pourrait-elle payer les diffuseurs pour la diffusion de communiqués officiels urgents. Quant aux concessions, elles seraient mises régulièrement aux enchères par les autorités. Est-ce là ce que nous voulons?
Cette initiative vise à démanteler le service public. C'est ça! Un lobby bien doté veut le réduire au minimum nécessaire. Certains serviteurs de ces lobbys, grassement payés - il y en a dans notre conseil -, savent cependant utiliser plus que la moyenne la SSR pour leur carrière politique et pour leur pomme!
Ce qui est en jeu, c'est une éventuelle redéfinition du service public. Doit-il encore diffuser des courses de Formule 1 ou des séries télévisées américaines? C'est la conception large du service public que défend la SSR. Il faut qu'elle puisse s'adresser à un vaste public pour continuer à bien jouer son rôle sur le plan de l'information citoyenne. Cette conception large est attaquée sur plusieurs fronts, notamment par l'initiative dont nous débattons aujourd'hui. Il faut savoir que les initiants se fondent sur une étude de l'Institute for Media and Communication Management de l'Université de Saint-Gall. Lisez-la, elle est citée par l'association Action pour la liberté des médias, elle montre bien qu'il faut tuer le service public pour privilégier le secteur privé: c'est rentable. On a compris la ficelle!
Ce sont donc bien deux conceptions du service public, large ou étroite, qui s'affrontent. C'est aussi l'avenir des télévisions et radios locales - on l'a dit hier lors d'un débat à l'extérieur du Palais fédéral. Contrairement à ce que disent les initiants, si on supprime la redevance, c'est 80 pour cent des radios régionales et des télévisions régionales qui disparaîtront - écrans noirs et plus d'écoute sur ces radios. Cela, les télévisions et radios régionales le savent mieux que d'autres.
On a parlé ici de la cohésion nationale. C'est vrai que la SSR, c'est aussi la cohésion de notre pays. La Suisse a été bâtie et repose sur cette cohésion nationale. Veut-on vendre nos télévisions, nos radios, petit à petit, à l'étranger? Cela sera d'abord à l'Allemagne, à la France, à l'Italie, puis aux Etats-Unis, voire à la Russie. Regardez ce qui se passe en France: même la Russie est en train d'acheter des télévisions et des radios régionales. Mettons les choses en perspective: le budget de la SSR est une souris par rapport aux éléphants que représentent les budgets de la RAI, de RTL, de France Télévisions ou de Google. Donc, il n'y a pas de quoi vraiment hurler avec les loups comme le font certains ou certaines ici.
Il y a des obligations qui sont fixées dans la loi, afin que les médias de service public soient au service du pays et de sa démocratie, de ses quatre langues et de ses cultures. Je parlais de la cohésion nationale: d'un côté, nous entendrons, la semaine prochaine, certains dire qu'il faut un conseiller fédéral tessinois. D'un autre côté, on veut détruire l'italianité, la latinité au niveau des médias. C'est ce qui se passera. Les trois quarts de la redevance proviennent des cantons alémaniques. Et, bien évidemment, quels seront les perdants? Ce seront les minorités latines, dont la mienne.
En conclusion, je vous dis que ceux qui proposent l'initiative "No Billag" veulent en quelque sorte être les fossoyeurs d'une certaine idée de la Suisse. C'est ce que nous devons combattre.
J'entendais tout à l'heure le rédacteur en chef du journal "Die Weltwoche" nous dire que Tamedia, appartenant au groupe Ringier Axel Springer Suisse SA, a fait des économies de 10 pour cent. Mais à quel prix, alors qu'ils font des bénéfices en Allemagne? "La Tribune de Genève" est en train de disparaître - je suis mieux placé que d'autres pour le savoir. Est-ce cela que nous voulons? C'est le spectacle auquel nous assisterons.