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Feller Olivier · Nationalrat · 2017-09-14

Feller Olivier · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2017-09-14

Wortprotokoll

L'initiative qui nous est proposée vise à supprimer la redevance, dont le produit est alloué aux diffuseurs de programmes de radio et de télévision titulaires d'une concession, mais, en fait, c'est clairement la SSR qui est visée, et le débat en cours le démontre. Pour les auteurs de l'initiative, c'est ce mandat de service public qu'il convient de casser en privant la SSR des moyens d'exister, de manière à ce que le paysage des médias obéisse dans tous les domaines à une pure logique de marché. Si c'est la fin de la diversité et de l'identité de notre pays que nous voulons, alors allons-y, recommandons de voter oui à cette initiative. Mais si ce n'est pas cela que nous voulons, alors cette initiative est une grave et profonde erreur.

Le service public tel qu'il existe aujourd'hui pour la radio et la télévision dans notre pays est indispensable au bon fonctionnement de notre démocratie. Sauf de très rares exceptions, il y a moins de 50 pour cent des électeurs qui votent et encore moins qui s'intéressent régulièrement à la vie civique. Pour dire les choses crûment: le débat politique n'est pas rentable selon les règles de l'économie de marché, le débat politique [PAGE 1382] ne fait pas suffisamment d'audience pour qu'il puisse être financé exclusivement par des recettes publicitaires, mais le débat politique est essentiel dans un pays de démocratie directe comme le nôtre, où l'on préfère depuis longtemps, et je m'en réjouis, les initiatives populaires et les référendums aux manifestations de rues.

Des radios et des télévisions privées seraient naturellement conduites, pour de simples motifs de survie, à accorder une faible importance au débat politique, aux enjeux des votations populaires, pour ne s'intéresser qu'à la surface des choses, à la peopolisation de tout et de rien, suffisamment envahissante déjà pour qu'il ne faille pas encore lui donner un coup de pouce supplémentaire.

Certains me diront peut-être: "Ces débats politiques ne sont menés ni avec l'impartialité ni avec l'objectivité nécessaires au sein des émissions de la SSR." Bien sûr, il m'arrive aussi de ne pas être très satisfait de la manière dont certaines émissions ou certains magazines politiques sont conçus ou animés à la télévision, mais il existe au moins actuellement des règles en matière de répartition du temps de parole entre les partisans et les adversaires d'un projet soumis à la votation populaire, par exemple, et il existe aussi un organe indépendant d'examen des plaintes auprès duquel il est possible de recourir quand on estime vraiment que les règles d'équilibre ou d'impartialité ont été violées. Or, l'initiative qui nous est proposée supprime purement et simplement la règle constitutionnelle qui institue une autorité indépendante à laquelle des plaintes ou des recours peuvent être adressés. L'Etat ne serait ainsi plus tenu, en vertu de la Constitution fédérale, de permettre au public de s'adresser à un organe particulier pour déposer une plainte. C'est une curieuse incohérence.

Ce ne sont de loin pas les seules raisons qui m'amènent à recommander le rejet de cette initiative, mais ce sont les motifs que je tenais à souligner à un moment où les règles du marché auxquelles les éditeurs de journaux sont soumis réduisent comme peau de chagrin non seulement la diversité de la presse dans notre pays, mais également les ressources rédactionnelles des quotidiens et des magazines qui survivent dans cette débâcle collective.

La SSR est là pour promouvoir l'échange entre les communautés linguistiques et les différentes régions de notre pays. En quelque sorte, la SSR est amenée à promouvoir ce qui fait la diversité et l'identité de notre pays. Elle doit promouvoir ce qu'on appelle aujourd'hui communément le vivre ensemble. Cela n'est pas anodin à un moment où on parle beaucoup de la représentation équitable de toutes les régions linguistiques au sein du Conseil fédéral.

Je vous invite à recommander au peuple et aux cantons le rejet de cette initiative.