Lexipedia

Mazzone Lisa · Nationalrat · 2017-09-26

Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2017-09-26

Wortprotokoll

Des ouvriers agricoles payés 2,50 euros de l'heure et travaillant 16 heures par jour dans la province d'Almería, en Espagne; des personnes sans papiers, engagées au noir, à des conditions probablement encore plus déplorables; des travailleurs à la chaîne dépeçant des animaux durant parfois 14 heures d'affilée pour 4 euros de l'heure dans des abattoirs en Allemagne; des conditions de travail indécentes; des horaires disproportionnés; des risques sanitaires ou l'exposition aux produits chimiques - voici la réalité de nombreux travailleurs de la chaîne alimentaire, et cela y compris en Europe. Ils produisent ce qui se trouve dans nos assiettes. En mangeant, nous sommes organiquement liés à leur quotidien.

Si nous connaissons des standards minimaux satisfaisant à la production des denrées alimentaires en Suisse, il en va tout autrement des exigences posées aux importations. Or, celles-ci représentent près de la moitié des aliments que nous consommons. Ainsi, le contenu de notre frigo a un impact direct sur l'environnement et sur les conditions de vie à l'étranger. Une alimentation plus durable est l'objectif qui est recherché par l'initiative "pour des aliments équitables". Nous nous inscrivons ainsi dans l'Agenda 2030 de développement durable de l'ONU, qui a été signé par la Suisse, en favorisant une orientation écologique et sociale tout au long de la chaîne alimentaire.

La guerre des prix, qui est actuellement menée sur le marché de l'industrie agroalimentaire se fait largement au détriment de la qualité des produits qui sont proposés au consommateur, mais aussi au détriment des personnes qui sont engagées dans la production, que ce soit en Suisse, en Europe et dans le reste du monde. C'est pourquoi l'initiative vise à privilégier les produits cultivés dans des conditions sociales décentes. Nous portons une responsabilité directe quant aux conditions de travail.

Un quart des légumes importés en Suisse provient ainsi d'Espagne, où d'immenses serres sont érigées, et de la main-d'oeuvre taillable et corvéable à merci est engagée à des salaires de misère. Les multinationales agroalimentaires fixent, elles aussi, des conditions dégradantes, conséquence de cette course au bas prix, qui ne profite en réalité ni aux consommateurs, ni aux travailleurs présents tout au long de la chaîne. Cette situation a des incidences directes en Suisse. Comment nos agricultrices et nos agriculteurs peuvent-ils espérer un revenu convenable dès lors qu'ils sont soumis à une concurrence si féroce? Cela dégrade évidemment les conditions de travail dans nos champs, rendant la vie de celles et ceux qui les travaillent difficile.

L'initiative est centrée sur l'offre et non sur la production. Elle vise un renforcement de l'offre de denrées alimentaires durables. Il s'agit dès lors de fixer une ligne rouge et de s'y tenir, y compris pour les produits importés. Ce que nous considérons inacceptable ici ne devient pas plus acceptable lorsqu'il s'agit de produits étrangers.

Il s'agit également de promouvoir les produits issus du commerce équitable en renforçant la qualité écologique et sociale de ces produits, y compris des produits transformés. Pour l'heure, le commerce équitable ne représente qu'une portion congrue de la marchandise qui est consommée, on parle de 14 centimes par jour et par personne. Cette promotion peut passer par une modulation des droits à l'importation au sein des contingents tarifaires. Les conventions d'objectifs sont un autre instrument prévu par l'initiative pour impliquer les acteurs et les engager dans une démarche de durabilité sociale et environnementale.

A l'importation, il s'agit donc de favoriser les denrées qui proviennent du commerce équitable, produites au minimum selon les normes définies par l'Organisation internationale du travail. Il ne s'agit pas de choisir entre un libre-échange débridé et la fermeture de nos frontières. Il existe une autre voie, celle d'une mondialisation responsable et solidaire, celle du commerce équitable. C'est la voie vers laquelle se dirige l'initiative "pour des aliments équitables".

Les premiers à bénéficier de l'initiative sont sans conteste les consommateurs. Quel goût peut avoir un légume cultivé dans des conditions dignes de l'exploitation? Quel goût ont des lasagnes précuisinées, faites à base de viande d'animaux soumis au stress, aux antibiotiques et à la promiscuité, réalisées par le travail de personnes sous-payées? Le goût tient à la qualité des produits, à leur qualité non seulement environnementale, mais aussi sociale. Les consommateurs n'aspirent ni à être dupés, ni à exploiter qui que ce soit.

Dire oui à l'initiative "Fair Food", c'est redonner du goût aux aliments, c'est leur donner un bon goût. C'est pourquoi, nous vous encourageons à recommander l'acceptation de l'initiative "Fair Food".