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Nicolet Jacques · Nationalrat · 2017-09-28

Nicolet Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2017-09-28

Wortprotokoll

Bien que cette initiative parte certainement d'un bon sentiment, elle jette un certain discrédit sur l'agriculture suisse. Son application me paraît difficile.

Le début de son titre, tout d'abord, "pour des denrées alimentaires saines", discrédite notre agriculture en laissant sous-entendre que les denrées alimentaires produites en Suisse ne sont pas saines. En ma qualité d'agriculteur - je déclare mes liens d'intérêts -, je peux vous assurer que les paysans de notre pays sont des gens passionnés qui mettent tout en oeuvre afin de produire des denrées alimentaires saines.

L'agriculture suisse est très certainement la plus réglementée et la mieux contrôlée au monde. Elle bénéficie d'une grande confiance de la population. J'en veux d'ailleurs pour preuve le magnifique résultat de la votation du week-end passé relatif à la sécurité alimentaire. Je remercie au passage la population pour cette marque de confiance.

Par son contenu, l'initiative "pour des aliments équitables" prévoit notamment de permettre l'importation de denrées alimentaires produites selon les règles en vigueur en Suisse, en tenant compte des aspects sociaux, des questions de durabilité, de protection de l'environnement, de préservation des ressources et de respect des animaux.

L'analyse de son contenu démontre que c'est une initiative difficile à soutenir tant sa mise en oeuvre serait complexe. De plus, le contrôle de son application me paraît difficilement réalisable. En effet, et bien que le texte de l'initiative souligne que les exigences sont très élevées en Suisse, l'application des normes de production en vigueur et, surtout, de l'ensemble des règles en vigueur en Suisse, est tout simplement impossible. Sous l'angle social, pensez-vous sincèrement que les employés travaillant dans l'agriculture dans [PAGE 1660] les pays voisins puissent toucher un salaire équivalent, sachant qu'en Suisse un employé agricole non qualifié engagé à l'année perçoit un salaire brut de l'ordre de 3300 francs par mois?

Bien que certains objectifs relatifs à la détention d'animaux, à la traçabilité ou à l'affourragement au moyen de nourriture sans OGM puissent déjà être garantis dans l'Union européenne, d'autres aspects, tels que l'application des normes pour les prestations écologiques requises, la limitation du nombre maximal d'animaux par exploitation, l'obligation de lier chaque activité agricole à une exploitation sont des exigences tout simplement inexistantes chez nos voisins.

Et que dire de la protection des animaux? Alors que la durée maximale de transport des animaux est de 8 heures en Suisse, pause comprise pour les chauffeurs, celle-ci est de l'ordre de 12 à 29 heures suivant les catégories d'animaux dans l'Union européenne. Notre réglementation ne pourra tout simplement, pour des raisons structurelles, jamais s'appliquer hors de nos frontières. Or, c'est précisément ces éléments qui ont contribué à préserver en Suisse des abattoirs de proximité ainsi que des exploitations agricoles artisanales et familiales, plutôt que des structures d'exploitation agricoles industrielles.

La différenciation entre les denrées alimentaires est également problématique, puisqu'il faudra identifier les produits d'origine suisse, les denrées produites hors de Suisse, mais selon certains critères de production reconnus en Suisse, et les autres denrées produites aux conditions appliquées dans le reste du monde.

Cette initiative va faire la part belle aux grands distributeurs, qui y verront une opportunité économique. Mais cette initiative est une tromperie pour le consommateur, qui, pensant acheter un produit suisse, achètera un produit provenant d'ailleurs et ne répondant qu'à quelques critères de la production suisse. Cette initiative est un affront pour l'agriculture ainsi que pour les secteurs de la transformation, pour le commerce de détail et pour les magasins de proximité.

Nous avons la chance dans notre pays de pouvoir garantir aux consommateurs l'authenticité, la proximité, la traçabilité de denrées alimentaires saines ainsi qu'un savoir-faire artisanal.

Préservons cette chance et, pour ce faire, je vous invite à recommander le rejet de cette initiative, qui manque sa cible.