Berberat Didier · Ständerat · 2017-12-04
Berberat Didier · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-12-04
Wortprotokoll
Je vous demande d'adopter la motion amendée, selon la proposition de la commission. En effet, la motion, dans sa teneur originale, qui a été acceptée par le Conseil national, va à mes yeux beaucoup trop loin puisqu'elle vise l'ouverture immédiate d'une ambassade en Erythrée. Monsieur Levrat a déjà exposé beaucoup d'arguments, donc je peux être relativement bref.
D'abord, au niveau formel, il n'est pas sain que le Parlement oblige le Conseil fédéral à ouvrir une ambassade. C'est une compétence qui relève éminemment de l'exécutif, et il n'est pas normal que le Parlement s'ingère dans ces questions opérationnelles et force le Conseil fédéral, par une motion, à ouvrir une ambassade; c'est d'autant moins normal que le [PAGE 855] Conseil fédéral fait déjà des efforts dans les relations avec l'Erythrée.
Monsieur Levrat l'a relevé, il y a des visites régulières de l'ambassadeur de Suisse à Khartoum. Je rappellerai aussi que, dans beaucoup de pays, la Suisse n'a pas d'ambassade. Nous n'avons pas, comme les grand Etats, des ambassades dans tous les pays du monde, on a souvent une ambassade dans un pays, qui est accréditée dans plusieurs autres pays. Je crois que cette solution, du point de vue économique et du point de vue du personnel, est la meilleure. On l'a dit, l'ambassadeur de Suisse à Khartoum va souvent en Erythrée; il y a un attaché migratoire suisse à Asmara; il y a un dialogue structuré qui se fait, et la cheffe de la division Afrique subsaharienne et Francophonie du Département fédéral des affaires étrangères va souvent en Erythrée pour discuter avec ses représentants.
On souhaite un rapprochement progressif, mais ce qu'il faut bien savoir, c'est que ce pays ne respecte pas les droits de l'homme et pratique l'esclavage. Le fait d'avoir un service national de durée indéterminée est une forme moderne d'esclavage dans la mesure où on nous a dit que c'était pour défendre le pays face à l'agression d'autres pays, notamment de l'Ethiopie. Si cela peut se comprendre lorsque des hommes et des femmes qui sont soldats sont postés à la frontière, mais quand ils travaillent dans les champs ou des usines, on peut se poser la question de savoir si on n'assiste pas là à une forme moderne d'esclavage.
Ce que je souhaitais dire encore, c'est qu'il n'y a pas de corrélation - Monsieur Levrat l'a dit, mais je le répète - entre l'ouverture d'une ambassade et les flux migratoires. Si ce phénomène existait, je serais prêt à aller de l'avant et à accepter cette motion pour éviter que l'on ait trop de requérants et de réfugiés érythréens en Suisse. Mais si ces personnes sont là, c'est aussi parce que le gouvernement érythréen - je l'ai déjà dit - ne respecte pas les droits de l'homme. Il est très difficile d'avoir un contact avec ce gouvernement, et je ne pense pas que l'ouverture d'une ambassade ou la présence d'un ambassadeur ou d'une ambassadrice sur place résoudrait le problème. Je crois que le fait d'opérer un rapprochement progressif avec l'Erythrée, tout d'abord dans une phase pilote grâce à l'aide au développement assurée par la Direction du développement et de la coopération, ainsi que le fait d'avoir de plus en plus de contacts avec les autorités érythréennes, devrait suffire. Je ne pense pas que l'ouverture d'une ambassade y changerait quelque chose.
Par ailleurs, j'ai toujours été étonné de l'insistance avec laquelle la question de l'Erythrée est posée et je pense que si la Suisse n'accueillait pas autant de requérants d'asile ou de réfugiés érythréens, personne ne saurait où se trouve l'Erythrée. Si, au Parlement, on ne parle par exemple jamais de la République centrafricaine ni de nombreux autres pays africains, c'est tout simplement parce que la Suisse ne compte pas ou peu de requérants ou de réfugiés venant de ces pays. On se fait beaucoup d'illusions en pensant que l'ouverture d'une ambassade permettrait de trouver une solution.
Monsieur Minder nous dit que le nombre d'interventions parlementaires concernant l'Erythrée ces dernières années justifie l'ouverture d'une ambassade. Permettez-moi de dire qu'une bonne partie des interventions parlementaires sur l'Erythrée sont le fait de Monsieur Minder; il est dès lors un peu particulier de vouloir justifier l'ouverture d'une ambassade en procédant par "hyperactivisme" parlementaire.
Je trouve enfin cocasse que Monsieur Minder défende un des derniers régimes communistes - avec la Corée du Nord - sur cette planète. Cela m'étonne beaucoup de sa part.