Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · 2018-03-13
Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-03-13
Wortprotokoll
La problématique des travailleurs et travailleuses âgés est discutée depuis plusieurs années tant dans la société civile que dans les organisations syndicales, les milieux des entreprises ainsi qu'au sein des partis politiques, dont plusieurs l'ont inscrite dans leur programme. Il s'agit maintenant de savoir comment on veut traiter ce problème sur le plan politique.
Les travailleuses et travailleurs dits seniors sont plus exposés que les autres au chômage. Les personnes de plus de 50 ans constituent la catégorie la plus représentée parmi les demandeurs d'emploi. Selon les chiffres du Secrétariat d'Etat à l'économie, les seniors demandeurs d'emploi ont passé de 30 000 en 2011 à environ 40 000 en 2017. Cela confirme que le phénomène va en s'amplifiant. Toujours selon le SECO, 43 pour cent des chômeurs et chômeuses de longue durée avaient plus de 50 ans en 2015.
Pour les personnes qui ont travaillé toute leur vie, le fait de se retrouver au chômage quelques années avant la retraite est particulièrement dur à vivre. De plus, elles ont souvent des enfants qui sont encore en formation et se trouvent, de ce fait, face à des problèmes financiers très préoccupants. Pour certaines, la seule issue est parfois l'assistance sociale. Il n'y a pas de solution toute faite pour remédier à ce problème. Il convient d'agir dans plusieurs domaines, notamment en proposant aux travailleurs seniors des formations continues afin qu'ils soient mieux préparés au développement du numérique, par exemple.
Un autre moyen de combattre ce phénomène est l'initiative qui vous est présentée, l'initiative parlementaire Pardini. Il s'agit ici non pas d'imposer une interdiction générale de licencier, mais de prévoir des conditions très précises pour empêcher la résiliation d'un contrat. Ces conditions seraient les suivantes: les collaborateurs ou collaboratrices concernés devraient avoir 55 ans révolus et ils devraient être engagés depuis au moins dix ans dans l'entreprise. En outre, [PAGE 404] l'entreprise devrait pouvoir justifier de manière crédible que la personne ne serait pas remplacée par une autre qui serait moins bien rémunérée.
Cette initiative parlementaire a été discutée en amont avec des représentants des partenaires sociaux et des personnes concernées, et a été cosignée par des membres de notre Parlement issus de nombreux partis, notamment du PBD, du PDC, de l'UDC et, bien sûr, des Verts et du PS. Tous les partis représentés au Parlement sont d'avis que, en tout cas sur le plan théorique, il faut lutter contre la sous-enchère salariale et qu'il n'est pas acceptable de remplacer du personnel âgé par de la main-d'oeuvre bon marché. Il est aussi légitime d'exiger des milieux économiques qu'ils assument leurs responsabilités sociales et qu'ils tiennent les promesses qu'ils ont faites au moment de l'ouverture du marché du travail parallèlement à l'introduction de la libre circulation des personnes.
Contrairement à ce qui a été dit en commission, cette initiative parlementaire n'est pas stigmatisante pour les personnes âgées de 55 à 65 ans, mais elle entend simplement apporter un peu de protection à une catégorie de travailleurs qui est très exposée. Ce sont ceux qui licencient des personnes en raison de leur âge qui ont une attitude discriminatoire reposant sur des préjugés sans fondement.
Même si certaines entreprises considèrent les seniors comme des atouts en raison de leur expérience, d'autres n'ont pas le même niveau de conscience, et c'est la raison pour laquelle il est important d'ancrer une certaine protection dans la loi. Il est d'ailleurs très préoccupant de voir que les partis de droite reconnaissent la problématique mais refusent un tel projet en raison d'une prise de position idéologique.
Si l'on veut être cohérent, il faut soutenir cette initiative, au moins en première phase, afin de pouvoir discuter de manière plus approfondie de la manière dont on pourrait la mettre en oeuvre.