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Lombardi Filippo · Ständerat · 2018-06-12

Lombardi Filippo · Ständerat · Tessin · CVP-Fraktion · 2018-06-12

Wortprotokoll

Ci chiniamo sul Rapporto di politica estera 2017 del Consiglio federale. È il secondo anno della strategia 2016-2019 del Consiglio federale e si inserisce pertanto in una prospettiva di medio-lungo termine.

Il rapporto è agile, ben strutturato, leggibile, magari anche più che in passato. La Commissione di politica estera ne ha preso atto con soddisfazione e propone al plenum del Consiglio degli Stati di fare altrettanto.

Nous avons, au sein de la commission, débattu plusieurs fois avec le nouveau chef du Département fédéral des affaires étrangères, et je puis affirmer que la discussion de haut niveau et toujours très intéressante se poursuit avec le nouveau chef comme elle avait coutume de se faire avec l'ancien chef. Il y a donc là ce qu'on appellerait du changement dans la continuité.

Le dialogue que votre commission poursuit avec le Conseil fédéral a lieu dans un cadre qui est évidemment troublé. Les relations internationales ne sont pas, ces temps-ci, les meilleures; le monde devient de plus en plus multipolaire; les équilibres ont tendance à se déplacer. On le sait très bien, les équilibres économiques, et en définitive stratégiques, se déplacent des pays membres traditionnels du G-7 vers ceux qu'il est convenu d'appeler les BRICS. Le rôle de premier acteur économique est en train de changer de mains, à savoir de celles des Etats-Unis à celles de la Chine. Cela pourrait entraîner et finira par entraîner des conséquences de nature stratégique aussi, l'économie étant la porte qui ouvre vers d'autres genres d'influences, et c'est bien ce que le Conseil fédéral constate dans son rapport et ce que notre commission a pu constater à son tour.

Mais, hormis ce déplacement des équilibres, ce qui préoccupe le Conseil fédéral, et nous aussi, c'est la crise avérée dans ce qu'il était convenu d'appeler le "rules-based international order", soit l'ordre international basé sur des règles. Nous voyons bien que cet ordre est remis en question dans certains conflits bien précis, et en général que l'idée selon laquelle les règles sont supérieures et s'appliquent à tout le monde est remise en question.

Evidemment, elle est remise tout d'abord en question par les plus forts. Ce ne sont pas les plus faibles, les plus petits pays qui ont intérêt à remettre en question les règles qui doivent guider les relations internationales, ce sont les grands qui le font: chacun pour soi, et Dieu pour tous! Et chacun parmi les grands a l'impression qu'il pourrait tirer son épingle du jeu plus facilement si, selon les thèmes qui l'intéressent, il ne fait pas l'objet de l'attention des autres et s'il n'a pas à se plier aux règles et aux restrictions que d'autres pourraient lui imposer.

La Suisse est donc par définition un pays mis en difficulté par cette évolution, tout en étant parmi les plus intéressés, du fait de son ouverture internationale, de ses relations économiques multiples et diversifiées, de sa neutralité, de sa non-appartenance à un bloc militaire - comme l'OTAN - ou économique et politique - comme l'Union européenne -, à ce que ces règles internationales soient respectées. Elle est en principe un Etat qui pourrait faire les frais de leur rupture.

C'est pour cela - petite parenthèse de politique intérieure - qu'il apparaît pour le moins problématique que nous posions nous-mêmes, à l'échelle nationale, par le biais d'une initiative populaire qui veut une autodétermination, la question de la remise en discussion des ordres, des équilibres internationaux, des règles entre pays, obtenus avec grande difficulté au cours des dernières décennies. Quand l'ordre international est en train de s'effondrer, il faut que les pays les moins favorisés mais les plus dynamiques, et nous en faisons partie, essaient de collaborer de façon plus intense pour maintenir ce qui peut être maintenu, ou au moins pour limiter les dommages. Il s'agit ces années-ci, le plus souvent, de limiter les dégâts - "Schadenbegrenzung" - plutôt que de faire de nouvelles avancées.

Evidemment, le rapport nous dit ce que nous savons bien: la principale préoccupation de notre pays reste le rapport avec l'Union européenne, qui entre dans la phase difficile du Brexit, ce qui n'est pas sans avoir de conséquences sur les relations que la Suisse entretient tant avec l'Union européenne qu'avec le Royaume-Uni. Par ailleurs, le rapport rappelle que, dans plusieurs scénarios, il y a des conflits qu'il était coutume d'appeler des "frozen conflicts" qui évoluent en "protracted conflits", dont la définition dit bien malheureusement que rien n'est gelé, bien au contraire. Ce sont des conflits latents, des conflits qui peuvent en tout temps éclater de nouveau. [PAGE 521]

Le Conseil fédéral nous dit ce que fait la Suisse dans les différents milieux pour essayer d'apporter sa contribution, sachant que nous n'avons pas des moyens illimités ni la puissance d'imposer des solutions. Nous pouvons jouer un rôle de médiateur; nous pouvons jeter des ponts; nous pouvons justement essayer d'éviter, grâce à notre activisme et à notre présence ciblée, les dérapages, les escalades, l'aggravation de certaines situations.

Nous pouvons essayer de faire de la médiation. Nous sommes passés maîtres dans l'art de la médiation. Seulement voilà, la médiation ne peut se faire que lorsque les parties en présence désirent qu'il y ait une médiation. Il est difficile d'imposer une médiation alors que l'une ou l'autre partie, ou parfois les deux, n'a en fait aucun véritable désir que les choses changent parce que le statu quo, cette situation de crises ou de tensions latentes, pour différentes raisons - économiques, politiques, stratégiques, souvent de politique intérieure -, leur convient finalement pas trop mal. C'est le cas en ce qui concerne des conflits dans lesquels la Suisse essaie de jouer un rôle de médiateur. Cela peut être le cas du conflit "in and around Ukraine", comme il est devenu à la mode de l'appeler, parce que c'est un conflit intérieur et extérieur. C'est le cas du conflit dans le Caucase du Sud, entre la Géorgie et la Russie et entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Il y a peut-être quelques lueurs d'espoir - je pense que Monsieur le conseiller fédéral Cassis nous en parlera un peu - dans les Balkans occidentaux où on a l'impression que quelque chose est peut-être en train de se mettre en place et où le rôle de la Suisse peut être utile dans la perspective d'une stabilisation et d'une amélioration objectives de la situation.

Par ailleurs, relevons encore le dynamisme de la Suisse, qui est très active notamment au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qu'elle a présidée en 2014, et dans laquelle elle continue à occuper des postes clés. Le secrétaire général de l'OSCE est un ambassadeur suisse, tout comme l'envoyé spécial pour la région du Caucase du Sud, et le vice-dirigeant de la mission spéciale de monitoring en Ukraine, qui contribue grandement à éviter l'escalade du conflit dans cette région. Je crois que la Suisse fait véritablement preuve d'activisme et de dynamisme. Elle le fait aussi en offrant ses bons offices entre l'Iran et l'Arabie saoudite, plutôt qu'entre la Russie et la Géorgie, et dans d'autres situations encore.

Donc la commission, qui a longuement discuté avec le Conseil fédéral, vous propose, avec satisfaction, de prendre acte de ce rapport. Elle propose également d'encourager le Conseil fédéral à continuer de mener une politique de neutralité - de neutralité oui, mais de neutralité active - qui permette, d'une part, de faire valoir ce que la Suisse est et représente - avec ses valeurs, ses offres de services, sa manière de promouvoir la paix et l'entente entre les peuples - et, d'autre part, de défendre évidemment les intérêts du pays. En effet, on fait de la politique internationale non pas seulement comme des boy-scouts, mais aussi pour défendre nos intérêts; mais si on est de bons boy-scouts, on a plus de chance d'être écoutés lorsqu'on doit faire valoir nos propres intérêts lorsqu'on doit négocier quelque chose.

Le Conseil fédéral nous le rappelle dans son rapport: la Suisse a une position, par exemple, de promoteur de la paix, de la compréhension et du dialogue entre l'Occident et la Fédération de Russie dans une situation qui est tendue, mais qui pourrait peut-être se détendre prochainement. Ce type d'activité de la Suisse a aussi été en 2017 central dans nos relations internationales.

Se pose toujours une question qui évidemment ne fait pas l'objet du rapport 2017 - je ne sais pas si Monsieur le conseiller fédéral Cassis nous en parlera ou renverra ce sujet à une discussion ultérieure - et qui représente un défi assez important pour la Suisse, car ce serait la première fois dans son histoire: c'est la candidature pour l'accession à un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. C'est une occasion qu'il serait, de l'avis de notre commission, utile de saisir pour pouvoir profiler la Suisse et, une fois encore, pour servir les autres ainsi que les intérêts de la Suisse.

Je termine avec une information qui concerne notre commission. Pour la première fois, cette semaine, après-demain, ici même au Palais fédéral, nous respecterons la loi sur le Parlement qui, depuis 2011, nous impose de tenir une réunion annuelle de coordination entre les deux Commissions de politique extérieure et toutes les délégations du Parlement suisse dans les organes multilatéraux - Conseil de l'Europe, OSCE, Union européenne, AELE, UIP, délégations chargées des relations avec les parlements des pays voisins. Les présidents de ces délégations devraient se réunir une fois par année au moins, selon la loi sur le Parlement, avec les deux présidents des Commissions de politique extérieure. Cela n'a pas été fait ces sept dernières années, mais cela se fera cette année, plus exactement après-demain.