Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · 2002-06-20
Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2002-06-20
Wortprotokoll
Comme d'habitude, le débat sur ce sujet aura été vif. Il aura eu aussi pour caractéristique de rétablir un tout petit peu les choses, puisque nous avons vu les pronucléaires et les antinucléaires s'affronter vigoureusement. Cela a quelque chose de rassurant avant de les voir faire campagne ensemble cet automne.
Certains ont dit que l'atome venait et se développait de toute façon. De la même façon, certains disent aujourd'hui que la libéralisation dans le secteur de l'énergie vient et se développe de toute façon. Dans ce débat, le pire, c'est la confiance ou c'est la foi en l'inéluctable, c'est de croire que le fait démocratique n'est plus le fait déterminant dans ce secteur. On cherche, par des arguments techniques, par des arguments d'autorité, à dire que nous n'aurions pas le choix de la forme d'énergie sur laquelle nous voulons nous appuyer et fonder notre sécurité d'approvisionnement. Dans un cas comme dans l'autre, le peuple est souverain et la volonté démocratique doit l'emporter sur les arguments techniques et sur les arguments d'autorité, de même que sur le travail de tous les lobbys.
Alors que nous croyions pouvoir, il y a quelques années encore, sortir du nucléaire, en douceur, progressivement, parce que c'est la raison qui l'impose, parce que toute personne sensée ne peut pas continuer à vouloir faire dépendre notre approvisionnement électrique d'une bombe à retardement, la contraction de l'offre, née de la libéralisation du secteur énergétique, semble donner une nouvelle vie et une nouvelle chance au secteur nucléaire qui reprend de l'énergie, de la volonté et de la force. La réduction de l'offre opérée dans un marché de l'énergie libéralisé pousse les gouvernements à prendre des décisions de plus en plus déraisonnables et redonne une nouvelle vigueur au lobby énergétique. Celui-ci est encore beaucoup plus dangereux qu'auparavant: il est lui-même à l'oeuvre pour forcer ces libéralisations, et il est lui-même également tenté, pour faire pression sur les prix, de rogner les marges de sécurité, les frais d'entretien et les frais liés à la sécurité la plus évidente. Il s'agit de freiner cette évolution, de dire ce que nous voulons comme politique énergétique. Le peuple suisse l'a dit il y a une décennie: il veut un moratoire sur les nouvelles centrales nucléaires.
Nous aurions eu tout le temps, pendant cette période, de réfléchir et de nous demander quelles alternatives proposer, quelles forces de production nouvelles créer. Dans certaines communes, dans certains cantons, des efforts importants ont été faits dans le domaine des énergies solaire et éolienne. Mais la Confédération, à cause de sa vision étriquée et de sa politique d'austérité sur le plan budgétaire, est restée beaucoup trop en retrait pendant la période de moratoire.
[PAGE 1081] L'investissement dans les énergies renouvelables - solaire et éolienne; biomasse - est le type même de la planification intelligente des investissements publics. C'est cela que nous devons pousser. Ces investissements qui ne semblent pas rentables aujourd'hui seront la rentabilité et la modernité de l'économie de demain. De la même façon que des géniaux précurseurs, dans notre pays, ont eu l'idée d'investir massivement et à perte dans l'énergie hydraulique, nous devrions faire aujourd'hui le même choix démocratique et d'investissements publics dans les énergies solaire et éolienne et dans toutes les autres énergies renouvelables. Cela, c'est la prise en compte réelle des alternatives qu'il faut préparer en même temps qu'on combat, avec la dernière des énergies, l'énergie nucléaire.
Je vous invite à recommander au peuple et aux cantons d'accepter les initiatives populaires "Moratoire plus" et "Sortir du nucléaire" pour que la démocratie donne un signe clair aux autorités et au lobby nucléaire et indique comment nous voulons construire notre politique énergétique de demain.
Je vous demande d'adopter les deux propositions de renvoi de minorité concernant le projet de loi sur l'énergie nucléaire.