Nidegger Yves · Nationalrat · 2018-09-17
Nidegger Yves · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2018-09-17
Wortprotokoll
Je vous invite, au contraire, à rejeter ce postulat qui témoigne de cette chose à la mode consistant à confondre égalité et indifférenciation, alors qu'il s'agit de deux concepts complètement différents, et ce sur un point extrêmement important et profond puisqu'il s'agit de l'identité. L'identité sexuelle de chacun d'entre nous est un élément extrêmement structurant de notre identité. Dès leur plus jeune âge, les enfants se déterminent ainsi: je suis comme mon papa et différent de ma maman, je suis donc un garçon; je suis comme ma maman et différente de mon papa, je suis donc une fille. C'est par référence à l'existence de deux sexes, dès le stade de l'enfance au sein de la famille, que chacun va construire petit à petit ce qui fera ce qu'il est et sa différenciation.
Bien sûr, il y a des cas, extrêmement minoritaires, dans lesquels un enfant peut naître intersexué, c'est-à-dire qu'on n'arrive pas à déterminer, pour une question hormonale ou une autre question, à quel genre il appartient. Face à ce type d'anomalie, on a eu le scalpel un peu trop rapide dans le passé, en créant des situations définitives pour apaiser les parents qui avaient besoin de savoir. C'est toujours la première question qui est posée à la naissance d'un enfant: est-ce un garçon ou est-ce une fille? Sans doute serait-il intelligent, et les recommandations de la médecine vont dans ce sens, d'attendre un peu avant de prendre ce genre de décision pour autrui, tout en sachant qu'il y a aussi un autre danger: l'identité sexuelle étant très structurante pour chacun, laisser quelqu'un dans une indifférenciation, c'est aussi hypothéquer son développement et son futur équilibre.
Si on parle d'état civil, donc de situations administratives, de quoi s'agit-il? Il s'agit de l'identité. Chaque personne est répertoriée comme ayant les yeux bleus ou les yeux bruns, les cheveux foncés ou clairs, comme étant grande ou petite, comme homme ou femme. Chacun ne peut pas disposer de son identité à sa guise et à la carte. Je ne peux pas me présenter à l'état civil en disant que je veux qu'une autre taille soit inscrite sur mon passeport ou une autre couleur de cheveux, me sentant plutôt blond aujourd'hui et plutôt brun demain.
Tout cela prétend répondre aux sensibilités de personnes souffrant de situations ambiguës, mais on n'aidera pas ces personnes de cette façon. Certains se disent transsexuels et souhaitent changer de genre. Mais changer de genre, c'est passer d'un genre à un autre genre et pour passer d'un genre à un autre genre, il faut qu'il existe un genre et un autre.
Si vous enfermez les gens dans un genre indifférencié, vous allez en faire une prison. D'abord, les enfants naissant dans cette situation vont être catégorisés sans genre, et on n'a aucune idée de ce que cela donnera pour leur développement à l'école lorsqu'ils auront à s'annoncer comme sans genre. Ensuite, pour les personnes mal à l'aise avec le genre qui est le leur et qui souhaitent en changer par la chirurgie, on risque de les inciter à rester entre les deux et à ne pas faire de choix véritable.
Pour toutes ces raisons, à savoir que c'est une fausse bonne idée, que c'est jouer à l'apprenti sorcier avec un des fondements de la psychologie, de l'identité, mais aussi de la société, je vous invite à rejeter le postulat.