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Cramer Robert · Ständerat · 2018-09-26

Cramer Robert · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2018-09-26

Wortprotokoll

Comme le relève très justement Monsieur Minder dans le développement de son initiative parlementaire, c'est au peuple de s'approprier de lui-même l'hymne national pour, finalement, l'adopter. Pour ma part - et j'imagine que cela doit être le cas pour un certain nombre de personnes de ma génération -, je regrette toujours notre ancien hymne, intitulé "O Monts indépendants" ou "Rufst du, mein Vaterland" en allemand, qui a été abandonné en 1961 pour être remplacé par le "Cantique suisse". Le "Cantique suisse" est un hymne assez difficile à chanter au point de vue mélodique. Pour ma part, j'ai eu à le chanter et à le faire chanter des dizaines de fois, notamment lors de cérémonies de naturalisation où, à Genève, on le chante, et je dois avouer qu'étant un piètre mélomane, je n'arrive toujours pas à en saisir la ligne mélodique. Mais enfin, peu importe.

Il me semble que par rapport à l'intention même de l'auteur de l'initiative, vouloir imposer un hymne national par la loi est contradictoire. C'est le "Volksgeist" qui doit imposer un hymne national, ce n'est pas à la législation de le faire. Ce n'est pas un acte d'autorité qui impose un hymne national, au contraire, je dirai que cet acte d'autorité est un constat d'échec, cela signifie que cet hymne n'est pas populaire et qu'il doit être imposé par le législateur. Je ne crois pas que c'est ainsi que l'on doit intervenir.

J'ai découvert avec beaucoup d'intérêt dans le développement de l'initiative que, dans le canton du Jura, il existe un arrêté proclamant "La Nouvelle Rauracienne" hymne officiel de la République et Canton du Jura. Cela m'a beaucoup surpris parce que dans le canton de Genève, notre hymne cantonal, le "Cé qu'è lainô", est un hymne qui remonte au XVIIe siècle. Cet hymne aujourd'hui est totalement incompréhensible. La langue dans laquelle il a été écrit, c'est la langue que l'on parlait à Genève au XVIIe siècle, qui n'existe plus et que plus personne ne parle sur la surface de cette planète. Et si vous doutez que cette langue est incompréhensible, je vous recommande vivement de lire les paroles du "Cé qu'è lainô" lorsque vous recevrez la marmite en chocolat lors de la session d'hiver. Vous verrez que, véritablement, on n'y comprend rien. Tout de même, c'est un hymne religieux: "Cé qu'è lainô" signifie "Celui qui est en haut". Il n'en demeure pas moins que cet hymne incompréhensible, toutes les Genevoises et tous les Genevois le connaissent. Ils le connaissent autant, si ce n'est mieux, que le "Cantique suisse". C'est vraiment un hymne qui est gravé dans le coeur des gens, sans qu'une loi soit nécessaire.

Soyons un peu raisonnables: est-ce vraiment le rôle du Parlement que de dire à nos compatriotes ce qu'ils peuvent chanter? pire, ce qu'ils doivent chanter? Est-ce le rôle du Parlement que de réunir des commissions parlementaires pour écrire les paroles d'un hymne national? Parce que si nous donnons suite à cette initiative parlementaire, cela signifie clairement que demain, très concrètement, à 13 ou à 25, nous allons commencer à écrire les paroles de l'hymne national! C'est ce qui est concrètement demandé. Je crois que là, nous nous engageons sur des terrains qui sont peut-être un peu trop périlleux. Bien que nous soyons législateurs et qu'au fond nous aimions faire des lois - c'est notre rôle -, ayons la sagesse d'éviter les lois inutiles, d'autant plus inutiles qu'en l'occurrence cet hymne fait apparemment déjà l'objet d'une décision du Conseil fédéral.

C'est en ce sens que je vous recommande de suivre la majorité de notre commission.

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