Savary Géraldine · Ständerat · 2019-03-07
Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-03-07
Wortprotokoll
Madame la conseillère fédérale, vous avez sans doute eu l'impression, en passant du Département fédéral de justice et police au Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication, que c'était un peu tous les jours Noël! Pour une conseillère fédérale, ce n'est a priori pas tous les jours qu'on peut défendre en commission un projet qui prévoit des dépenses d'environ 12 milliards de francs et que la commission en question ajoute, à l'unanimité, encore 1 milliard de francs. Je pense que de ce point de vue, ce changement en tout cas augure bien de votre travail au sein de ce département et qu'il vous prépare des jours magnifiques.
Ce que je voulais dire par là, c'est que s'il y a eu unanimité en commission en faveur de l'entrée en matière, ainsi que du montant des dépenses et du contenu du projet, c'est que nous avons réussi depuis un certain nombre d'années, en mettant en place le fonds d'infrastructure ferroviaire, à nous doter d'un instrument financier pérenne, solide, à affectation obligatoire, et qui nous permet de voir loin et de voir bien. Cette politique, qui consiste à faire coïncider les moyens financiers avec les besoins, est soutenue par les cantons, comme le montre la consultation sur ce projet, par les communes et par la population, puisque celle-ci s'est prononcée sur ce sujet. C'était ma première remarque.
Ma deuxième remarque consiste à dire - et cela me paraît être un signal très positif - qu'il n'y a pas eu de guerre entre les régions sur ce projet, qu'il n'y a pas eu non plus de guerre entre les cantons. La solidarité entre les cantons, à mes yeux, a bien fonctionné. La preuve, c'est qu'en commission, quand bien même il y a eu un certain nombre de propositions déposées - notre collègue Hêche les a évoquées -, nous avons renoncé à former des minorités pour les défendre, afin que le projet qui vous est présenté reflète ce sens de la solidarité et du consensus. A ce propos, je remercie Monsieur Janiak, président de la commission, qui a parfaitement mené les débats, ce qui n'était pas évident. A mes yeux, donc, ce qui ressort des travaux de la commission garantit les équilibres et évite les surenchères. Nous avons, je crois, su aussi faire taire certaines revendications très régionalistes ou très cantonalistes.
De plus, je suis particulièrement contente, si je dois faire un bilan global, un peu émotionnel, de ce projet, de pouvoir assister à la fin de mes activités bernoises - comme un certain nombre d'entre nous - et après un certain nombre d'années à la Commission des transports et des télécommunications, à l'extension de capacité et à l'accélération de la ligne Neuchâtel-La Chaux-de-Fonds-Le Locle. C'était une vraie injustice, d'une certaine manière, un vrai problème que cette ville, qui est l'une des plus belles de Suisse - après Lausanne évidemment -, inscrite au Patrimoine de l'Unesco, soit ainsi coupée de la Suisse en raison du simple rebroussement de Chambrelien. Cela paraît minuscule, mais en réalité cela a des conséquences sur le déploiement et le développement de cette ville, et je suis vraiment très contente qu'on puisse avancer et corriger cette situation.
J'insiste sur ce point, au lieu de parler des projets qui concernent mon canton, pour dire aussi que le "lémanocentrisme" est une vraie mythologie et que celle-ci est aujourd'hui contredite par le soutien que tous les cantons manifestent à ce projet. Evidemment, j'attends le même soutien pour la minorité défendue par Monsieur Français et dont je fais partie à l'article 1 alinéa 3 lettres cbis et cter. Cette proposition vise à intégrer, dans les études, d'ici à 2026, l'accélération et l'extension de capacité entre Lausanne et Berne et entre Winterthour et Saint-Gall.
Je vous ferais injure en vous rappelant que, depuis Rail 2000, le temps de parcours sur ces tronçons est reconnu comme étant l'un des principaux points noirs du rail suisse. Aujourd'hui, par exemple, le trajet Lausanne-Berne dure plus d'une heure, mais j'ai l'impression que depuis je suis parlementaire, les temps de parcours se sont rallongés d'année en année, ce qui est assez paradoxal. Dans l'arrêté discuté aujourd'hui, il n'est toujours pas prévu d'étude pour trouver une solution. Or cette situation prétérite non seulement la relation est-ouest, mais il y a aussi un risque qu'une partie de notre pays soit déconnectée du réseau.
Le projet prévoit d'analyser l'extension de capacité de la ligne directe reliant Aarau à Zurich, qui aura pour conséquence une réduction du temps de parcours entre Berne et Zurich, pour le porter à 45 minutes. C'est très bien, c'est magnifique, on s'en réjouit, mais du coup, le tronçon Genève-Saint-Gall ne sera pas amélioré, ce qui induit un risque de décrochage de la Suisse occidentale. C'est un problème qui ne touche pas seulement certaines parties du pays, mais la Suisse tout entière, parce que c'est sur la ligne Genève-Saint-Gall que les temps de parcours risquent de s'allonger. On se rend ainsi compte que cela prendra moins de temps de relier Lugano et Zurich que Zurich et Lausanne, ou de relier Bâle et Locarno que Genève et Saint-Gall. Je vous invite dès lors à soutenir la minorité Français qui, je le répète, vise à octroyer un crédit d'étude sans prétériter les autres crédits d'étude prévus dans le projet.
En conclusion, je vous invite à entrer en matière sur le projet, qui est un beau projet. Inscrire les investissements en faveur des infrastructures ferroviaires dans la durée, les rendre lisibles, clairs, cohérents et les faire répondre à des objectifs [PAGE 73] précis est le fruit d'un travail que nous avons accompli depuis un certain nombre d'années et un résultat que le Conseil fédéral et le Parlement ont réussi à atteindre ensemble.
Je vous invite à soutenir le projet ainsi que la proposition de la minorité Français.