Lexipedia

Mazzone Lisa · Nationalrat · 2019-05-09

Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2019-05-09

Wortprotokoll

Il s'agit ici d'une initiative cantonale genevoise qui, il faut le relever parce que cela n'arrive pas souvent, a été plébiscitée dans le cadre des travaux du Grand Conseil genevois par une large majorité, qui a recueilli le soutien notamment de l'Entente bourgeoise, donc du PDC et du PLR, réunis au sein du Grand Conseil genevois par cette volonté de réconciliation, de faire la paix avec leur passé. C'est donc une unité politique entre la gauche et la droite assez rare et qui lance un appel à l'Assemblée fédérale, donc à nous autres.

J'en viens aux faits. Il s'agit de la seule fois où l'armée a ouvert le feu sur des civils, qui manifestaient contre le fascisme, ce qui a malheureusement causé un lourd bilan: treize morts et des dizaines de blessés, dont de nombreux badauds qui constituaient la foule, et pas uniquement des manifestants. C'est évidemment un traumatisme pour Genève, puisque treize morts et des dizaines de blessés, c'est extrêmement conséquent. C'est aussi un traumatisme pour l'armée, cette intervention unique, qui doit rester unique.

L'origine de cet événement se trouve dans la nuit du 5 au 6 novembre 1932, quand un groupe fasciste de l'époque, l'Union nationale, convoque une manifestation pour une mise en accusation de Léon Nicole à la salle communale de Plainpalais, qui est un lieu très populaire à l'époque. Le Conseil d'Etat autorise cette manifestation, à la suite de laquelle les forces de gauche genevoises appellent à une contre-manifestation qui se déroulera le 9 novembre 1932. Au matin du 9 novembre, le Conseil d'Etat demande du renfort à l'armée suisse pour assurer la sécurité. De jeunes recrues stationnées à Lausanne sont envoyées à Genève pour lutter contre ce qu'il considérait à l'époque comme une révolution bolchévique. Le résultat de cette manifestation, c'est 4000 à 5000 manifestants, des barrages dressés dont certains détruits, 18 soldats désarmés par la foule, une sommation au clairon, des tirs à balles réelles sur des manifestants, donc des tirs de l'armée sur sa propre population, treize manifestants morts, des dizaines de blessés. A la suite de quoi 18 personnes sont arrêtées et jugées par le Tribunal pénal fédéral.

Les faits encore: les seules personnes qui ont été jugées coupables dans cette affaire étaient les responsables de la manifestation. Sept accusés: Léon Nicole et six camarades de son entourage ont été jugés d'instigation à la révolte et ont écopé de peines de deux à six mois de prison ferme. Pourtant, il faut rappeler que l'essentiel des manifestations ne se trouvait pas à l'endroit où le feu a été ouvert, mais à côté, à la rue de Carouge. Il faut aussi rappeler que, dans les faits qui ont été établis, on mentionne des pressions sur le cordon policier, mais il semble que c'était une manifestation qui était largement pacifique. En 1933, peu après la sortie de prison de Monsieur Léon Nicole, il devient président du Conseil d'Etat genevois, ce qui est déjà une forme de réhabilitation par la population genevoise à l'époque, par les citoyennes et les citoyens genevois.

C'est une histoire qui peut vous paraître lointaine, mais qui est encore vivante à Genève. Comme je l'ai dit, c'est un traumatisme que nous portons. D'ailleurs, une commémoration a lieu chaque année au lieu où se sont déroulés les événements. C'est aussi le seul engagement de l'armée suisse contre la population civile.

Alors, formellement, il ne s'agit pas maintenant de réviser des jugements; il ne s'agit pas de juger les juges de l'époque qui avaient jugé; il s'agit simplement d'une réhabilitation politique; il s'agit de donner la possibilité à Genève, en tant que canton, de dépasser cet événement. Pour cela, une déclaration du Grand Conseil genevois ne suffit pas puisque le jugement rendu l'a été par une instance fédérale. Aujourd'hui, si on veut, c'est un appel lancé par la quasi-totalité des forces politiques genevoises à notre Assemblée fédérale pour permettre aux Genevois de faire ce pas vers cette réhabilitation uniquement politique et permettre à l'esprit de réconciliation genevois de s'exercer afin qu'ils fassent la paix avec leur histoire, comme cela a été fait pour d'autres événements comme la réhabilitation des combattants suisses engagés dans la guerre d'Espagne contre les armées fascistes.

Pour ces raisons, je vous invite à soutenir le canton de Genève dans cette démarche de paix et de réconciliation avec son passé.