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Béglé Claude · Nationalrat · 2019-06-04

Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2019-06-04

Wortprotokoll

Stratégie de la Poste: la Poste est une belle institution, à la croisée des chemins entre service public et entreprise commerciale. Elle se doit d'agir sur les deux fronts à la fois, sans pour autant mélanger leur nature respective, car elle risquerait alors de se retrouver prise en porte-à-faux, comme ce fut le cas dans l'affaire Car postal.

Pour cette raison, j'ai demandé au Conseil fédéral, il y a deux ans, par la voie du présent postulat, d'étudier avec la Poste quels axes stratégiques permettraient à la Poste de réagir face au défi de la numérisation et à l'arrivée des nouveaux concurrents. Or cette question conserve toute son actualité compte tenu des difficultés rencontrées par la Poste. Le volume du courrier continue de baisser de 14 pour cent; Postfinance a perdu 300[NB]000 clients; le bénéfice pour 2018 recule de 122 millions de francs; la Poste annonce ne plus pouvoir verser 200 millions de francs par année de dividendes à la Confédération.

Il est donc impératif de retrouver des leviers de croissance. En plus de ses activités classiques, deux approches me semblent envisageables pour assurer un "cash-flow" intéressant à la Poste. Or, comme toutes deux se situent à la frontière entre la mission principale de la Poste et des développements moins conventionnels, un signal du département de tutelle destiné à montrer qu'il leur accorde son soutien serait le bienvenu au cas où le conseil d'administration serait intéressé par de telles approches. La première de ces voies serait le lancement de produits technologiques pointus, maintenant que le monde est en train de basculer dans le numérique. La seconde serait une alliance plus structurante avec des réseaux globaux de distribution de colis. [PAGE 844]

La Poste est déjà sur la bonne voie en matière de produits à haute valeur ajoutée technologique, par exemple: la livraison par drone de produits hautement prioritaires comme des échantillons de laboratoire; la solution de vote électronique, même si le test est suspendu à Genève; l'utilisation de l'intelligence artificielle pour mieux gérer les documents; le traçage de colis au contenu sensible, avec la garantie qu'ils soient transportés à la bonne température; la création de la première "blockchain" privée, conjointement avec Swisscom, qui permettrait aux entreprises clientes de développer leur application "blockchain" sur une plateforme répondant aux normes de sécurité élevées des banques suisses, avec des données stockées en Suisse.

Tout cela est bien. Mais le risque est, bien sûr, que certains de ces développements contribuent à accélérer la dématérialisation du courrier, qui reste le métier de base de la Poste et une de ses principales sources de "cash-flow".

Pour toutes ces raisons, afin d'éviter un trop grand risque de cannibalisation à domicile, il pourrait être judicieux de lancer ce service sous forme de licence ou de franchise, voire de "joint-venture" ou de filiale à l'étranger.

Deuxièmement, en ce qui concerne les grands réseaux, ils se développent à travers le monde et consolident l'offre intégrée de leurs services. UPS, Fedex, DHL comptent parmi les principaux intégrateurs souvent en lien avec le monde postal. C'est ainsi que DHL a été rachetée par la poste allemande; TNT rachetée par la poste néerlandaise, puis revendue; DPD rachetée par la poste française; GLS rachetée par la poste britannique. Cela a représenté pour les postes concernées une belle activité de diversification, en général très rentable. De nouveaux intervenants, notamment le géant Amazon, sont entre-temps apparus sur le même créneau.

Compte tenu du développement structurant de ce secteur, la question peut se poser de l'association ou non de la Poste suisse avec un de ces acteurs. Cela pose toute une série de questions à traiter en amont - accord capitalistique ou opérationnel, acceptation de règles communes aux différents pays, indépendance opérationnelle, relations avec les autres réseaux; mais c'est en tout cas une vraie question stratégique à se poser, plus importante encore que celle de la fermeture de petits offices de poste, qui monopolise l'attention publique.

Entre-temps, un postulat similaire au mien a été déposé en décembre dernier par le conseiller aux Etats Fabio Abate - le postulat 18.4274, "Stratégie du propriétaire pour les entités de la Confédération devenues autonomes". Le Conseil fédéral, suivi en cela par le Conseil des Etats, a proposé son acceptation. La démarche proposée me semble aller dans le bon sens. En effet, pour une grande entreprise comme la Poste, qui a longtemps été un pur service public, un des défis est d'insuffler une culture du changement aussi bien pour les équipes à l'interne que pour les clients, et cela bien sûr sans faire de heurts.

C'est pourquoi, tout en espérant que le postulat Abate sera soutenu le moment venu, et constatant que le mien peut être considéré comme complémentaire, je vous prie de soutenir mon postulat.