Béglé Claude · Nationalrat · 2019-06-06
Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2019-06-06
Wortprotokoll
Je déclare mes intérêts: bien que vaudois, je fais partie du Cercle diplomatique de Genève.
Notre commission de politique extérieure a approuvé ce projet à l'unanimité. A mon tour de vous dire pourquoi le groupe PDC le soutient lui aussi sans réserve. Le message du Conseil fédéral est convaincant, car il s'agit d'une réflexion qui va au-delà du strict cadre administratif ou immobilier. Il s'attache plutôt à parler du fond de la question, de son contenu. Il met en avant la manière dont la Suisse peut jouer sa carte en tant que pays hôte et exercer une réelle influence en matière de politique étrangère.
L'écosystème de la Suisse en tant que pays hôte, et en particulier de la Genève internationale, ce sont 177 Etats membres de l'ONU, 220[NB]000 délégués par an, dont 4000 chefs d'Etat et de gouvernement, 37 organisations internationales, 380 ONG gravitant autour de ces organisations, avec quelque 30[NB]000 fonctionnaires internationaux. Et plus cet écosystème est large, plus il est intéressant et donc attractif. C'est un cercle vertueux. Si New York est le siège politique des Nations unies, c'est bien à Genève que se concentrent la plupart des agences spécialisées, donc des connaissances spécifiques propres aux questions relatives au développement économique et social, auquel est confronté notre monde. C'est cela qui est intéressant.
Pour essayer d'élaborer des réponses aux grands défis de notre temps, on constate un recoupement croissant entre les enjeux de la diplomatie multilatérale et les avancées de la réflexion scientifique. Les exemples sont nombreux où les organisations internationales chargées de définir des politiques globales, et parfois de les mettre en oeuvre, interagissent avec des "think tanks" capables de proposer une réflexion inédite ou des solutions innovantes. Cela est manifeste dans les domaines de l'humanitaire, de la prévention, de la résolution des conflits, des droits de l'homme, du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, du Comité international de la Croix-Rouge, ainsi que d'un grand nombre d'ONG, domaines dans lesquels Genève offre un véritable centre de [PAGE 931] compétences. Ce à quoi s'ajoutent les diverses missions de bons offices, de médiation, dans lesquelles la Suisse est engagée en tant qu'Etat neutre, impartial et crédible.
Mais cela est tout aussi vrai dans un grand nombre de domaines techniques, qu'il s'agisse des conditions-cadres du commerce international - Organisation mondiale du commerce -, de la génétique ou du contrôle des pandémies - Organisation mondiale de la Santé -, du réchauffement climatique et de la préservation de l'environnement - Organisation météorologique mondiale -, des grandes questions migratoires - Organisation internationale pour les migrations -, de la protection intellectuelle - Organisation mondiale de la propriété intellectuelle -, ou des nouvelles technologies, Internet des objets et intelligence artificielle - Organisation internationale du travail. Autant de questions auxquelles une partie des réponses passent par une bonne connaissance des avancées scientifiques. Et cela tombe bien, car de nombreuses organisations non gouvernementales travaillent sur les mêmes questions dans le World Economic Forum, le WWF, l'Union internationale pour la conservation de la nature et d'autres.
A quoi s'ajoute le travail de chercheurs réalisé dans nos écoles polytechniques, universités, instituts, voire HES, qui sont d'un bon niveau et ont souvent développé des solutions originales et intéressantes. D'où l'importance croissante de la diplomatie scientifique, à savoir le croisement entre, d'une part, la compréhension des grands problèmes et, d'autre part, la recherche de solutions s'appuyant à la fois sur un compromis entre nations et la mise en oeuvre des dernières technologies disponibles. Car une approche factuelle et scientifique permet souvent de déminer certains terrains sensibles, de trouver des accords autour de solutions auxquelles personne n'a encore songé.
C'est ce que fait déjà le Département fédéral des affaires étrangères, notamment dans le cadre de sa division coopération globale, qui étudie et met en oeuvre des solutions technologiques innovantes dans le cadre de la Direction du développement et de la coopération, dans les domaines de la santé, de l'alimentation, de l'eau, du climat, des migrations. Tel est aussi le cas de l'initiative "Blue Peace" visant à assurer le développement transnational intégré de bassins fluviaux.
A quoi s'ajoute la mise sur pied de plateformes de gouvernance mondiale, comme cela pourrait être le cas de la régulation internationale d'Internet. Telle est notamment la mission de la Geneva Internet Platform. Pour être efficace, tout cela implique une approche factuelle, ce qui est le propre de toute démarche scientifique non idéologique et sans préjugés. De même, il faut une approche à la fois minutieuse et analytique maîtrisant bien les détails, mais aussi avec une certaine hauteur de vue systémique et décloisonnée, car il faut que les solutions trouvées soient reproductibles et adaptables à des contextes différents.
Cette connexion, cette connaissance pointue est à aller chercher là où elle se trouve, parfois au niveau politique ou dans les rangs des fonctionnaires du secteur public, mais aussi parmi les chercheurs et professeurs du secteur académique, ainsi que parmi les cadres du secteur privé. C'est de la convergence de toutes ces forces que viendra le meilleur résultat. Aucun tabou idéologique ne devrait avoir cours à ce niveau-là. Ce sont avant tout les talents qui comptent, la force, l'originalité des propositions faites. C'est ainsi qu'on peut appuyer l'initiative proprement suisse, celle de la fondation Geneva Science and Diplomacy Anticipator, réunissant des personnes particulièrement compétentes pour analyser les thèmes émergents, puis trier, mettre en valeur et proposer aux organisations internationales des solutions, outils, méthodes, processus ou projets de régulation, afin d'aider celles-ci à remplir leur mandat de coordination globale.
Voilà qui permettra à notre pays de faire entendre sa voix et de jouer un certain rôle dans la cour des grands, car, malgré sa petite taille, il a souvent des choses intéressantes à dire et qui méritent d'être entendues. Le groupe PDC soutient sans restriction le projet du Conseil fédéral.