Lexipedia

Tornare Manuel · Nationalrat · 2019-06-14

Tornare Manuel · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-06-14

Wortprotokoll

Je regrette une chose, c'est que, comme c'est souvent le cas dans notre conseil, ce postulat soit traité aujourd'hui alors qu'il a été déposé il y a une année. Il est donc clair que si ce qu'il défend est toujours d'actualité, il convient de le resituer dans l'actualité. C'est donc dommage d'avoir attendu une année avant de pouvoir traiter ce postulat.

J'aimerais rappeler que cela fait tout juste vingt ans que le Kosovo a acquis son indépendance. Vous avez peut-être vu les manifestations de joie qui ont été organisées dernièrement en présence de Bill Clinton à Pristina. Dans cette affaire douloureuse, la Suisse - grâce à Micheline Calmy-Rey, il faut bien le reconnaître - a joué un rôle important pour l'indépendance du Kosovo et a permis, peut-être, d'éviter un génocide, puisque c'était l'intention d'extrémistes de l'autre bord, c'est-à-dire côté serbe.

J'en viens à la KFOR. J'ai eu l'occasion à deux reprises d'aller au Kosovo pour voir ce que fait la KFOR dans ce pays. J'ai oublié de déclarer mes liens d'intérêts: je suis président depuis cinq ans de l'Université populaire albanaise de Genève, après avoir succédé à notre ancien collègue Ueli Leuenberger.

J'ai vu au Kosovo l'efficacité du travail de la KFOR pour apaiser le débat mais, à mon avis, comme de l'avis de certains de mes collègues, la KFOR est un pansement provisoire, et il faudrait avoir sur ce dossier une stratégie à moyen et à long terme. Revenant d'un voyage à Belgrade dans le cadre de mon activité au sein du Conseil de l'Europe, je puis vous dire que, en ce moment, dans les Balkans, la situation est extrêmement explosive et que, en tout temps - on peut le regretter bien évidemment -, une guerre ou des guerres pourraient éclater entre les différentes ethnies et peuples qui habitent dans la région.

Ce que je demande, c'est que la Suisse, qui a été - je l'ai dit il y a un instant - exemplaire il y a vingt ans dans ce débat, propose une stratégie un peu plus cohérente que ce pansement provisoire qu'est la KFOR, cela en discussion avec toutes les parties. Je pense que, du côté serbe, puisque la Serbie aimerait faire partie de l'Europe, il y a peut-être une volonté de passer à autre chose, une volonté de paix qu'il faudrait utiliser; du côté kosovar, même si la lutte contre la corruption est toujours de mise, il y a peut-être aussi une volonté de trouver une solution, mais je sais que c'est extrêmement délicat.

Le Conseil fédéral, dans un premier temps - c'était le prédécesseur de Madame la conseillère fédérale Viola Amherd -, avait répondu par la négative à mon postulat, ce que je trouve regrettable. Peut-être n'avait-on pas compris la teneur de ce postulat; pour preuve la dernière phrase de sa réponse écrite, dans laquelle le Conseil fédéral déclare que "l'évolution de la situation ne semble pas requérir de nouvelles analyses". Eh bien si!

Il faut une nouvelle analyse. Il faut un nouveau monitoring, parce que, comme je vous le redis, cette situation est explosive: à un moment donné, le couvercle qui recouvre les tensions kosovares - dans la partie serbe et dans la partie albanaise - peut de nouveau exploser et on pourra peut-être, malheureusement, assister à des persécutions ou à des génocides, comme on les a connus dans les années 1990.

Je demande donc au Conseil fédéral d'avoir une vision politique. Je sais qu'on a la chance d'avoir une conseillère fédérale qui est une politicienne avec une vision claire quant à l'avenir de cette région.

Je demande donc au Conseil fédéral de revenir sur sa décision et de faire une nouvelle analyse de la situation, en concertation avec d'autres pays et avec des organisations internationales. Une nouvelle analyse me paraît essentielle et le rôle de la Suisse est prépondérant. On ne pourra pas, après, nous accuser de n'avoir rien fait si nous prenons ce problème à bras-le-corps.