Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · 2019-06-19
Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2019-06-19
Wortprotokoll
La lutte contre les impacts nocifs des pesticides sur la santé et sur l'environnement fait partie des engagements emblématiques des Verts. Durant les quinze dernières années, notre groupe a déposé près de 80 interventions sur le sujet. Cette pression continue des Verts, mais aussi bien sûr de nombreux collègues issus d'autres partis, ont permis d'obtenir quelques avancées, tout comme l'évolution des dispositions européennes, qui est souvent plus rapide que la nôtre. Nous avons désormais un plan national de mesures pour la santé des abeilles et un plan d'action Produits phytosanitaires. Des mesures ont en outre été prises pour certains produits parmi les plus nocifs: plusieurs néonicotinoïdes ont été interdits; le chlorpyriphos devrait être exclu du marché; et le Conseil fédéral prépare un rapport sur l'opportunité et les modalités d'une sortie progressive du glyphosate.
Cependant, cette politique des petits pas ne fournit pas des résultats suffisants. Les pertes dramatiques dans les populations d'abeilles, d'insectes et d'oiseaux ne diminuent pas. On retrouve des traces d'un nombre effarant de pesticides partout, dans la nature et dans nos corps, sans que l'on connaisse les effets sur le long terme de ce cocktail de produits chimiques. Le fait que nous ayons dû retirer du marché plusieurs produits qui avaient pourtant été dûment homologués ne doit pas nous rassurer, bien au contraire. Ce décalage entre l'homologation et la prise de conscience des dangers que représentent ces substances montre que nous avons été incapables de les évaluer correctement en temps voulu. Combien d'autres pesticides révéleront-ils encore leur dangerosité après des années d'utilisation? Dans ce domaine, il semble que le principe de précaution ne soit pas appliqué correctement.
Il est assez exceptionnel que nous nous trouvions, au même moment, confrontés à deux initiatives populaires sur le même sujet, déposées de manière non coordonnée et indépendamment par deux groupes différents de simples citoyens. Nous devons entendre leurs préoccupations, qui sont aussi celles de très nombreux scientifiques et professionnels actifs dans le domaine de la santé publique et de la biodiversité.
La transition vers une agriculture libre de pesticides de synthèse doit se faire et va se faire. La question est de savoir combien de temps elle prendra, combien de temps encore nous exposerons la population et notre environnement à des produits nocifs.
Cette transition est heureusement déjà en cours puisque de nombreux agriculteurs s'appliquent à réduire leur usage de pesticides, voire entament la transition vers l'agriculture biologique. Nous devons encourager cette transition, encourager ces agriculteurs par des mesures d'accompagnement qui leur permettent de réaliser concrètement la transition, tant du point de vue du transfert des connaissances que, évidemment, du point de vue financier. De telles mesures pourraient être discutées dans un contre-projet, devraient être discutées dans un contre-projet. Cela nous permettrait de prendre des mesures plus rapidement et de disposer d'une marge de manoeuvre par rapport aux textes de ces deux initiatives, qui ont suscité des critiques durant les travaux de la commission et qui proposent en outre deux chemins différents pour atteindre le même but.
Je peux comprendre que ces initiatives puissent soulever des questions de la part de certains d'entre vous sur les modalités de leur mise en oeuvre ou du timing qu'elles impliquent si l'on veut renoncer à l'utilisation des pesticides. Par contre, je ne peux pas comprendre le refus de répondre aux préoccupations qu'elles expriment en ne leur opposant pas au minimum un contre-projet. Nous ne pouvons pas nier l'état dramatique de la biodiversité dans notre pays; nous ne pouvons pas nier les impacts de certains de ces produits sur notre santé; nous ne pouvons pas nier le fait que, malgré tous les efforts déjà réalisés par nos agriculteurs, des mesures supplémentaires doivent être prises.
Je vous encourage dès lors à soutenir la proposition de la minorité Jans de renvoyer l'objet à la commission en vue d'élaborer un contre-projet. La nécessité d'agir, que ce soit du point de vue de l'environnement ou de la santé publique, est incontestable. Il n'est pas crédible de balayer ces textes, qui ont su réunir à eux deux plus de 200[NB]000 signatures en un temps record, sur une base citoyenne. Les Suisses attendent de notre part plus que des promesses portant sur la prochaine politique agricole, qui sera traitée ultérieurement. Ils veulent des mesures claires, efficaces et rapides, pour protéger notre santé et notre environnement. On a beaucoup parlé d'urgence climatique ces derniers mois, mais il y a aussi une urgence biodiversité à laquelle nous devons répondre.