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Béglé Claude · Nationalrat · 2019-06-20

Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2019-06-20

Wortprotokoll

L'initiative "pour une eau potable propre et une alimentation saine" est l'un de ces objets à propos duquel s'affrontent deux visions sociétales. L'une est [PAGE 1250] portée majoritairement par les citadins, avec une inclination pour la vague verte, qui fait, ces temps, la une des médias; l'autre est portée par nos agriculteurs, c'est-à-dire par celles et ceux qui ont la responsabilité de produire quotidiennement un peu plus de la moitié de ce que nous mangeons.

Les premiers se battent pour le principe selon lequel l'eau est la vie et pour une alimentation aussi saine que possible. Personne ne peut être contre une telle proposition. Cela est une évidence. A cela s'ajoute une couche de biodiversité, avec encore un a priori favorable à ce sujet. Il s'agit notamment de préserver certains insectes - 60 pour cent d'entre eux ayant déjà disparu à travers le monde - et le rôle de pollinisation des abeilles. Il faut aussi prendre en compte l'épineuse question de la résistance aux antibiotiques et, enfin, celle de la diminution des gaz à effet de serre - entre 575 et 700 kilogrammes de CO2 par hectare et par an.

Face à eux, les agriculteurs se voient directement confrontés à la réalité des champs et à celle des consommateurs. Chacun s'est habitué à consommer des produits de bonne qualité ayant bonne façon. Or, pour satisfaire une telle demande, nos paysans recourent à l'emploi de produits phytosanitaires - pour simplifier: des pesticides; encore faut-il distinguer entre produits de synthèse et naturels - qui permettent une nette amélioration de la protection des plantes ainsi qu'une augmentation des rendements. Sans produits phytosanitaires, on estime que la production végétale de notre agriculture risquerait de diminuer de 20 à 40 pour cent, avec une incidence toute particulière dans des domaines tels que les vignobles, les arbres fruitiers, les pommes de terre, les betteraves sucrières ou le colza.

Priver des paiements directs les exploitants utilisant des pesticides de synthèse menacerait une partie de nos paysans. A quoi je me permets d'ajouter que notre agriculture a déjà un coût bien supérieur à la moyenne internationale, d'où des subsides et des droits de douane particulièrement élevés. Soyons conscients que plus on posera de conditions, plus la facture ou le déséquilibre des coûts s'alourdira face à ce qui se passe dans d'autres pays moins perfectionnistes.

Nos normes sont déjà élevées, bien plus que dans la plupart des autres pays. Le plan d'action Produits phytosanitaires du Conseil fédéral, du 6 septembre 2017, est strict, et comme on est en Suisse, il est assez respecté. La valeur limite de résidus autorisée n'est pas dépassée dans 98 pour cent des cas.

Bien sûr, il reste à travailler sur les 2 pour cent restants. Mais cela est sans commune mesure avec les 30 pour cent d'anomalies observées sur nombre de produits agricoles en provenance d'Asie, par exemple. Quant au glyphosate, tant décrié, son utilisation en Suisse a déjà diminué de 45 pour cent, et celle des antibiotiques prophylactiques de 50 pour cent.

Peut-on faire mieux? Oui, bien sûr! La part de l'agriculture bio se situe actuellement aux alentours de 30 pour cent de la nourriture consommée dans notre pays. Mais, là encore, attention au rendement moindre, donc au surcoût qu'il va nous falloir accepter. Quant à en arriver à zéro utilisation de produits phytosanitaires, cela semble être un objectif illusoire.

Notre eau potable est une des meilleures du monde, nos rivières et nos lacs ont été assainis, nos eaux souterraines sont de très bonne qualité. En revanche, il nous faut faire attention aux ruissellements provenant de champs en pente traités avec des pesticides et susceptibles de couler vers des cours d'eau voisins.

Plusieurs autres pistes sont envisageables, à commencer bien sûr par la mise en oeuvre des lois existantes en matière de zones aquifères, mais aussi en renonçant aux herbicides dans l'arboriculture et la viticulture, ou en réduisant le recours aux fongicides, par exemple.

Mais attention à ne pas franchir le seuil de tolérance économique. Il apparaît donc que si l'objectif de cette initiative est en soi louable, elle pèche de par ses excès. Elle est inapplicable en l'état. Certaines de ses clauses signifieraient la fin d'un assez grand nombre d'exploitations agricoles, par exemple en raison de l'obligation faite aux paysans de limiter le nombre d'animaux de rente en fonction du fourrage produit sur l'exploitation.

Il est impossible de soutenir l'initiative telle qu'elle est rédigée. La question est donc de savoir s'il vaut mieux la rejeter tout de go ou lui laisser une deuxième chance en rédigeant un contre-projet indirect. Or il se trouve que nombre de questions posées ont du sens, notamment celles en lien avec une meilleure préservation de l'environnement, ici et ailleurs dans le monde, la préservation de la biodiversité, la santé publique ou les bactéries résistantes aux antibiotiques, etc.

Cette initiative émane d'un mouvement citoyen apolitique. Toute une série d'organisations, souvent tout à fait respectables, soutiennent la démarche des initiants. C'est pourquoi, pour ma part, je suis favorable à la rédaction d'un contre-projet, essentiellement basé sur les avancées de la science, pour essayer d'apporter des réponses innovantes mais, en même temps, plus modérées et mieux adaptées à la problématique décrite.