preparatory:AB 248871
Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-06-20
Wortprotokoll
Les chiffres concernant l'utilisation des pesticides parlent d'eux-mêmes. En Suisse, plus de 2000 tonnes de produits phytosanitaires sont vendues chaque année, ce qui représente environ 2 kilos de produits phytosanitaires utilisés par hectare. Nombre d'études sont publiées chaque année - que ce soit en Suisse, en Europe, aux Etats-Unis ou ailleurs dans le monde - qui montrent les conséquences de l'utilisation des pesticides sur la santé des travailleurs qui les produisent, sur la santé des travailleurs qui les utilisent dans les champs et aussi sur la santé des consommateurs adultes et surtout des enfants. Un peu partout à travers le monde - et notamment, dernièrement, aux Etats-Unis -, des décisions judiciaires sont prises impliquant des condamnations au paiement de millions de francs ou de dollars en raison de la responsabilité encourue par les producteurs de produits phytosanitaires, c'est-à-dire de pesticides ou d'insecticides. La réalité est là.
Il y a donc, aujourd'hui, au sein de la population, une volonté de changement de paradigme. Cette volonté ne s'exprime pas seulement au travers des revendications des organisations environnementales - comme le WWF ou comme d'autres organisations qui soutiennent les présentes initiatives -, elle ne s'exprime pas seulement au travers des personnes qui ont signé ces initiatives, mais elle s'exprime aussi dans les instances politiques où elle trouve déjà des majorités. Je viens du canton de Genève, où une résolution a été adoptée à l'unanimité par le Grand Conseil pour diminuer l'usage des pesticides.
On le voit, cette volonté populaire de changer de paradigme quant à la manière de produire et d'organiser la production agricole est actuelle et s'exprime par des décisions politiques. Alors, ce changement de paradigme, c'est quoi? C'est la volonté que ce ne soit finalement plus l'industrie alimentaire ni le monde paysan industrialisé qui imposent les méthodes de production. Ce changement de paradigme, c'est que les consommateurs, et tout particulièrement les consommateurs urbains - qui sont la grande majorité de la population de notre pays -, souhaitent aujourd'hui des produits agricoles [PAGE 1259] qui soient de grande qualité, conformes aux standards bios et qui ne soient pas contaminés par des pesticides.
Ce changement fondamental prend aujourd'hui l'allure d'une vague qui grossit. On l'a vu dans le cadre du dépôt des deux initiatives populaires qui nous sont soumises. On peut faire deux choses: d'abord, on peut bien sûr persister dans la même ligne politique au Conseil national ou au Conseil des Etats et en rester finalement à la même manière d'organiser la production agricole ou à la même manière de gérer, je dirai quasiment à la petite semaine, la question des pesticides. Ensuite, on peut essayer de contenir cette vague qui grossit. Dans les faits, cette vague trouvera le moyen de s'exprimer, et elle le fera comme à d'autres occasions, par exemple lors de la votation sur l'initiative populaire "pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires", portée par Franz Weber. On a voulu contenir l'exaspération populaire et finalement le peuple a soutenu l'initiative.
Il est clair que ces deux initiatives ont une chance de passer en votation populaire, que ce soit celle "pour une eau potable propre et une alimentation saine", ou celle "pour une Suisse libre de pesticides de synthèse". Dès lors, il appartient en fait à ceux qui défendent bec et ongles la politique actuelle du Conseil fédéral sans vouloir en infléchir quelque élément que ce soit d'assumer leur responsabilité et d'aller dans le sens d'un contre-projet qui reprenne les revendications de la population suisse, celles qui émanent des Grands Conseils, comme ceux de Genève et de Neuchâtel. Je pense que c'est dans ce cadre qu'on peut favoriser une politique qui prépare la transition, afin que la production agricole sorte des modalités actuelles, où il y a un usage trop important et insupportable des pesticides.
Dès lors, je vous invite à soutenir les deux initiatives populaires et à faire en sorte qu'un contre-projet soit opposé à ces initiatives dans la mesure où c'est seulement par l'étude d'un contre-projet raisonnable que l'on peut trouver une issue à une confrontation directe. A défaut, il faudra que le monde politique assume les conséquences d'un vote du peuple favorable aux initiatives. J'en serai pour ma part très content si c'est le cas.