Lexipedia

Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · 2019-09-11

Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-09-11

Wortprotokoll

La Suisse a attendu 50 ans pour introduire le congé maternité! Je ne suis pas la seule à le mentionner dans ce long débat, mais je crois que ce temps énorme mérite que l'on martèle la chose afin que nous ne refassions pas les mêmes erreurs. Allons-nous temporiser aussi longtemps pour faire aboutir un congé-paternité digne de ce nom? Il a fallu une initiative populaire pour que le Parlement se saisisse à nouveau de ce sujet. Je rappelle aussi que la Suisse est le seul pays en Europe à ne pas avoir introduit de congé-paternité.

La perception de la répartition des tâches entre hommes et femmes a beaucoup évolué. Mais dans les faits, les femmes continuent d'assumer la majeure partie des tâches liées au bien-être de la famille, et ces tâches ne sont pas rémunérées, rappelons-le. La conciliation entre vie familiale et vie professionnelle est toujours compliquée, surtout pour les femmes. Pourtant, de plus en plus d'hommes veulent s'impliquer dans l'éducation de leurs enfants, et cela dès la naissance. Mais la société, et surtout les entreprises qui ne prévoient pas de congé-paternité, mettent des obstacles à leurs aspirations. Et contrairement à ce que certaines et certains ont pu dire précédemment, on ne peut pas se reposer uniquement sur la volonté ou sur la responsabilité individuelle, la société a aussi des devoirs envers la famille. Pourtant, par comparaison, personne ne remet en cause l'absence de l'entreprise des hommes quand ils accomplissent leurs obligations militaires. C'est tout à fait normal, cela a un coût, mais tout le monde trouve cela formidable - enfin pas tout le monde.

De nombreuses conventions collectives ne prévoient qu'un jour de congé pour les pères. Certaines accordent 5 jours à leurs employés. Les collectivités publiques, quant à elles, sont un petit peu plus généreuses. C'est ainsi qu'une trentaine de villes suisses accordent entre 5 et 10 jours. Quelques villes comme Genève, Berne, Lausanne, Lucerne, Bellinzone offrent 20 jours ouvrables. Cette situation n'est évidemment pas satisfaisante, car elle fait perdurer des inégalités entre les régions et les employés selon les entreprises dans lesquelles ils sont engagés.

Aux yeux des socialistes, la situation actuelle n'est plus admissible: nous prônons une politique familiale moderne et sociale, qui met l'égalité des sexes au centre de nos préoccupations. Nous avons donc pour objectif d'introduire un congé parental de 38 semaines, à savoir 14 semaines chacun et chacune et 10 semaines à répartir dans le couple à sa convenance.

Nous considérons ce congé comme un investissement pour l'avenir et non comme une contrainte. La Suède, qui a un niveau de vie comparable au nôtre, se montre beaucoup plus généreuse: les couples disposent de 480 jours à se répartir, avec 80 pour cent du salaire pendant les 390 premiers jours. La Norvège fait encore mieux, avec 46 semaines et 100 pour cent du salaire. Ce principe est soutenu tant par les partis politiques que par les milieux de l'économie. L'association "Le congé-paternité maintenant!" a présenté les résultats de l'enquête sur le congé-paternité. Les résultats sont clairs. Une écrasante majorité de près de 85 pour cent de l'électorat suisse souhaite un congé-paternité rémunéré, et 76 pour cent dit oui à l'initiative populaire "pour un congé de paternité raisonnable - en faveur de toute la famille".

La décision de principe que nous prenons aujourd'hui est cruciale pour l'avenir de notre pays: voulons-nous une Suisse qui vit avec son temps ou une Suisse du passé qui perpétue des valeurs dépassées, mais aussi des discriminations?

Je vous demande donc de recommander l'acceptation de l'initiative, qui a au moins le mérite d'inscrire le besoin d'un congé-paternité dans notre législation et pourra être la base de projets ultérieurs plus généreux et tenant mieux compte des besoins de notre population.