Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2019-09-11
Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-09-11
Wortprotokoll
En tant que présidente de Pro Familia Suisse, je soutiens évidemment pleinement l'initiative populaire visant la création d'un congé-paternité de 4 semaines, car le congé-paternité est un élément essentiel d'une politique familiale adaptée à notre époque. Actuellement, lors de la naissance d'un enfant - qui est tout de même un événement capital dans une vie -, le père a droit à un seul jour de congé, comme c'est le cas pour un déménagement. Or, ce jour de congé accordé au nouveau père permet, en principe, d'assister à la naissance proprement dite et aux quelques heures qui suivent, mais en aucun cas de jouer un rôle primordial dans les premiers jours de vie de son enfant. Aujourd'hui, de nombreuses familles aspirent à un modèle de partenariat où les deux parents se partagent les tâches. Selon une enquête de Pro Familia Suisse, 80 pour cent des citoyens et citoyennes veulent un congé-paternité.
L'initiative populaire dont nous débattons aujourd'hui propose d'accorder 20 jours de congé au nouveau père, à prendre de manière flexible. C'est donc tout à faire gérable, également pour les PME. Cette proposition favorise clairement la conciliation des vies familiale et professionnelle. La présence des hommes après la naissance est nécessaire au développement harmonieux de la famille. Le congé-paternité fait de la fondation d'une famille un projet commun et procure à la famille sécurité et stabilité. Si les pères disposent d'assez de temps pour un bon départ dans la vie familiale, ils acquièrent également les compétences requises et participent plus fortement à long terme au travail de la famille.
La naissance est un événement exceptionnel, très exigeant sur le plan corporel et psychique pour les femmes, qui ont besoin de soutien. Les enfants ont aussi droit à un départ dans la vie dans un univers familial empreint de tranquillité et de sécurité. Sans compter que l'engagement des pères dans le travail familial dès la naissance contribue à une relation de couple bien plus stable et solide. Une autre étude de Pro Familia Suisse, sur mandat du canton de Saint-Gall, indique qu'en Suisse 90 pour cent des hommes veulent plus de temps et de flexibilité pour être davantage présents pour leurs enfants.
Vous l'avez compris, c'est aussi une question d'égalité entre les sexes. Les hommes aussi ont droit à un congé pour s'occuper de leurs enfants.
Du point de vue de l'entreprise et de l'économie au sens large aussi, le congé-paternité est un investissement sensé et rentable, car, en renforçant la participation des pères à la vie familiale, il permet de mieux utiliser le potentiel de toutes ces mères bien formées, qui trop souvent quittent le marché de l'emploi après une naissance pour se consacrer à leur enfant. En admettant que les pères ne soient pas continuellement à leur place de travail, le congé-paternité permettrait aussi d'atténuer le désavantage des femmes sur le marché du travail. Le congé-paternité encourage une juste répartition du risque professionnel et de carrière lié à la famille. Il renforce ainsi les perspectives des femmes et contribue à la continuité de leur activité professionnelle.
J'irai même plus loin. A titre personnel, je soutiens très clairement l'introduction d'un congé parental de 38 semaines, comme le proposent la Commission fédérale des questions familiales ainsi que la minorité Reynard. En effet, avec les 4 semaines proposées par l'initiative, la Suisse serait encore nettement à la traîne par rapport à la moyenne des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques - l'OCDE -, puisque dans les 35 pays concernés, le congé-paternité était en moyenne de 8 semaines en 2015. Il est évident qu'un congé parental serait une meilleure solution, qui permettrait aux parents de choisir la répartition du congé, avec bien entendu un minimum pour chaque parent.
Nous constatons aussi depuis plusieurs années que les femmes reviennent en majorité sur le marché du travail six ou douze mois après la naissance de leur enfant. Elles se bricolent souvent une prolongation de leur congé maternité en prenant des vacances ou un congé non payé. Cette situation ne peut plus continuer. Notre pays doit renforcer la politique familiale et offrir aujourd'hui aux familles des conditions-cadres pour qu'elles puissent s'épanouir de façon optimale. Pour moi, il est évident et clair que le congé parental, c'est l'avenir!