Bendahan Samuel · Nationalrat · 2019-09-11
Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-09-11
Wortprotokoll
Dans trente ans, nous aurons un congé parental d'un an. Dans trente ans, lorsque nous aurons cela, les papas raconteront à leurs enfants un conte d'hommes-fées pour se faire plaisir. Et quand ils voudront plutôt parler d'horreur, ils vous raconteront ce moment historique que nous vivons aujourd'hui, où des personnes sont prêtes à ne donner ni un an ni même six mois de congé avec l'enfant, car ce congé n'est pas valorisé, et c'est pourquoi nous discutons d'un congé entre 2 et 4 semaines. Les enfants riront et diront que c'est impossible, que c'est une blague, que c'est de la science-fiction.
Néanmoins, aujourd'hui, nous vivons dans cette réalité, alors que les chiffres sont impressionnants: dans tous les classements économiques, nous sommes les meilleurs et les plus compétitifs; nous générons les plus grands profits; les pharmas génèrent des millions, voire des milliards de francs. Nous sommes systématiquement au sommet. Pourquoi cette furie que nous avons d'être toujours au sommet n'existe pas quand on parle du congé-paternité et du congé parental? Pourquoi dans ce domaine on tient à être les derniers et les plus mauvais? C'est inexplicable! Jamais nos enfants ne comprendront cela.
Je me pose une question importante: certes, nous avons tous nos inquiétudes - certains et certaines d'entre vous s'inquiètent de la main-d'oeuvre étrangère qui vient nous voler nos emplois -, mais pourquoi du coup ne défendez-vous pas la possibilité pour les femmes de pouvoir mieux s'intégrer dans le marché du travail? Si les hommes, comme les femmes, ont les mêmes rôles, ce sera plus facile pour nos femmes d'être engagées dans le marché de l'emploi. C'est donc une mesure de protection aussi pour elles.
A toutes les personnes qui valorisaient et défendaient la famille comme étant un élément fondamental de leur politique, comment pouvez-vous ne pas dire qu'il faut au moins 38 semaines de congé parental à répartir entre les parents pour que la famille puisse effectivement émerger, pour que tout le monde puisse partager du temps avec l'enfant et vivre au sein de cette famille, plutôt que d'avoir un de ses membres qui n'a pas la possibilité d'avoir du temps privilégié avec son enfant? A ces personnes qui défendent l'économie, pourquoi ne souhaitez-vous pas des entretiens d'embauche sans discrimination à l'embauche, avec un traitement égal des femmes et des hommes et avec une meilleure répartition des rôles, au travail comme à la maison?
En réalité, l'introduction d'un congé parental égal est la solution pour supprimer les discriminations à l'embauche que subissent aujourd'hui les femmes. C'est aussi la solution pour vivre dans une société équilibrée, qui respecte effectivement notre Constitution, qui parle d'égalité entre les femmes et les hommes. Cet élément est extrêmement simple, et pour un coût modeste.
Je vous invite donc toutes et tous à être cohérents avec les valeurs de notre pays. Je vous invite à dire que la Suisse est un pays qui ne valorise pas seulement son travail excellent, mais qui valorise surtout les humains, les personnes qui réalisent ce travail. Notre avenir, ce sont les enfants que nous allons éduquer. Refuser de mettre la priorité sur l'éducation de ces enfants, et refuser de consacrer l'énergie de l'ensemble des parents à l'éducation de leurs enfants, c'est à mon avis un crime auquel nous avons la chance aujourd'hui de mettre un terme. [PAGE 1475]