Reynard Mathias · Nationalrat · 2019-12-12
Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-12-12
Wortprotokoll
Je prends la parole pour défendre à la fois l'initiative parlementaire Sommaruga Carlo et développer la position de la minorité de la commission, qui propose de donner suite à l'initiative de notre ancien collègue devenu entre-temps conseiller aux Etats.
L'initiative intitulée "Financement de mesures de (ré)insertion professionnelle pour les 50 ans et plus et l'accès des jeunes à leur premier emploi" vise à modifier la législation afin de permettre de transférer dans un fonds consacré à la formation continue et à l'insertion et réinsertion professionnelle la somme de 300 millions de francs par an. Cette somme serait prélevée sur le bénéfice de la Banque nationale suisse versé à la Confédération. L'idée est en fait d'utiliser ce fonds pour financer des mesures d'insertion ou de réinsertion professionnelle en mettant la priorité sur deux aspects: premièrement, la réinsertion professionnelle des personnes de plus de 50 ans; deuxièmement, l'accès au marché du travail pour les jeunes après leur formation pour l'accès au premier emploi.
Nous sortons tous de plusieurs mois de campagne électorale, et je pense que personne ne peut nier que c'est une des préoccupations majeures de la population et une des problématiques sur laquelle nous avons toutes et tous certainement été le plus interpellés. Ces deux problématiques, d'une part la difficulté des jeunes à accéder au premier emploi sur le marché du travail, d'autre part la difficulté pour les travailleurs de plus de 50 ans de retrouver une place de travail en cas de licenciement, sont des réalités. Les chiffres disponibles [PAGE 2246] montrent à quel point ces problématiques ont pris une ampleur inquiétante et continuent de prendre de l'ampleur.
Voici les chiffres de l'Office fédéral de la statistique (OFS) sur la question des chômeurs de plus de 50 ans. En 2017, l'OFS a confirmé dans son étude que lorsqu'une personne de plus de 50 ans perd son travail, il lui est comparativement bien plus difficile de trouver un nouveau poste. Entre le premier trimestre 2017 et le premier trimestre 2018, le taux de chômage a globalement diminué chez les jeunes, mais il a augmenté chez les plus de 50 ans.
Demain, cette difficulté s'amplifiera. La réalité que personne ne peut nier, c'est que pour les personnes de plus de 50 ans qui ont perdu leur travail, il est extrêmement difficile de retrouver un emploi et que le temps qu'elles passent au chômage est beaucoup plus élevé qu'en ce qui concerne les plus jeunes. Diverses enquêtes montrent la nécessité d'investir notamment dans la réinsertion professionnelle pour permettre à ces personnes de rebondir et pour leur permettre de réagir face aux évolutions du marché du travail.
Le deuxième élément est celui de l'accès au premier emploi pour les jeunes qui viennent de terminer leur formation, que ce soient des jeunes titulaires d'un certificat fédéral de capacité, ou d'une attestation, ou même d'un diplôme universitaire. L'accès au marché du travail s'est compliqué ces dernières années. Le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans a globalement augmenté ces dernières décennies. Il est généralement plus élevé que celui du reste de la population active et, évidemment, cette part de la population est fragilisée par le manque d'expérience après la fin de la formation. Selon une récente étude de l'OFS qui date d'avril 2018, 19 pour cent des titulaires d'un certificat fédéral de capacité connaissent une période de chômage dans les deux ans et demi qui suivent l'obtention du titre. Donc c'est une réalité pour grosso modo un jeune sur cinq après l'obtention de son certificat fédéral de capacité, et c'est un vrai problème dans une logique de valorisation de notre système de formation duale et de notre système d'apprentissage, qui - je le crois - nous tiennent à coeur à toutes et à tous.
Je rappelle enfin que la commission n'a pas fait que se pencher sur cette initiative parlementaire: il y a également eu un projet de motion de commission; il y a également eu des discussions sur une autre solution. A ce propos aussi, il y a eu un rejet et donc une volonté de ne pas agir, ce qui nous a poussés à déposer cette proposition de minorité, qui, dans la situation actuelle, semble être la bonne solution. Les mesures existent déjà dans certains cantons, c'est vrai, soit pour les personnes âgées de 50 ans et plus, soit pour les jeunes qui cherchent un premier emploi, mais, par manque de moyens, leur efficacité reste extrêmement limitée. Cela devrait pourtant être une priorité politique pour notre pays. La constitution d'un fonds tel qu'il est proposé par la présente initiative parlementaire permettrait de répondre à ce besoin et d'assurer une gestion de sommes sans aléas budgétaires, cela évidemment au profit des chômeurs et, donc, de la cohésion sociale de notre pays.
Je vous remercie de votre soutien à cette initiative parlementaire.