Lexipedia

Fivaz Fabien · Nationalrat · 2020-03-09

Fivaz Fabien · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2020-03-09

Wortprotokoll

L'initiative pour des prix équitables poursuit un but louable. Beaucoup de produits sont trop chers en Suisse, non parce que la main-d'oeuvre y est plus chère, non parce que les loyers y sont plus chers, mais simplement parce que les importateurs se font des marges phénoménales à l'importation en profitant du pouvoir d'achat élevé des Suissesses et des Suisses, ainsi que des entreprises. C'est un problème lorsque cela ne profite qu'à une minorité, au détriment de la majorité. C'est un problème lorsque cela touche des produits de première nécessité, par exemple dans le domaine médical, et que cela contribue ainsi à renchérir les coûts de la santé.

Certaines entreprises abusent de leur domination, même relative, sur le marché pour imposer des prix parfois quatre fois plus élevés en Suisse qu'en Allemagne. Les chiffres donnés par ma collègue, la conseillère nationale Michaud Gigon, lors de ce débat d'entrée en matière, sont éloquents. Plus de 600 millions de francs sont facturés chaque année à charge de l'assurance-maladie pour les surcoûts dans le domaine de la santé. Dans le domaine de la restauration, ce sont presque 300 millions de coûts supplémentaires qui ont été chiffrés. Monsieur Prix le disait à l'époque: si l'on fait le calcul global en Suisse, ce sont près de 15 milliards de francs que les Suissesses et les Suisses, ainsi que les entreprises, paient en trop.

Les contrôles doivent pouvoir être renforcés, les abus doivent pouvoir être dénoncés. Il faut toutefois rappeler encore deux choses. Il faut rappeler que malgré ces prix élevés, le pouvoir d'achat des Suissesses et des Suisses reste l'un des plus élevés au monde. L'exemple donné par le Conseil fédéral dans son message du Big Mac le montre bien. Alors qu'il faut travailler en moyenne 13 minutes en Suisse pour se payer ce sandwich, il en faut 23 en France.

Mais, comme Vert, l'initiative me met aussi mal à l'aise. Aujourd'hui, un des premiers problèmes de la lutte contre le réchauffement climatique, c'est la consommation excessive de produits manufacturés, pour la plupart transportés sur des milliers de kilomètres, des produits dont le bilan écologique est souvent peu reluisant, des produits dont le bilan social est souvent peu reluisant. Si nous voulons réussir à limiter notre empreinte climatique, nous devons avant tout consommer moins, consommer mieux, c'est-à-dire réparer, recycler ou réutiliser. Parce que l'énergie aujourd'hui n'est pas assez chère, les prix des produits ne reflètent pas leur impact climatique. Baisser leur prix revient donc à masquer encore plus le problème aigu que cela représente.

Si l'objectif est de baisser le prix de produits essentiels, par exemple dans le domaine médical, alors, il y a clairement une nécessité à prendre des mesures. Par contre, si l'objectif est d'acheter plus de téléphones portables, de voitures, de jouets jetables ou de manger plus de Big Mac, alors l'initiative crée plus de problèmes qu'elle n'offre de solutions.

C'est avec ce sentiment ainsi partagé que je recommanderai d'accepter le contre-projet indirect.