Amaudruz Céline · Nationalrat · 2020-05-04
Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2020-05-04
Wortprotokoll
La crise que nous traversons a conduit le Conseil fédéral à prendre de nombreuses décisions de son propre chef, ceci sous l'empire du droit d'urgence. Les circonstances le réclamaient, et c'était bien ainsi.
Aujourd'hui, nous devons constater que le Covid-19 va compliquer notre existence durant un certain temps encore. Nous devons donc définir les modalités de cette cohabitation manifestement appelée à durer.
Si la lutte contre la pandémie était une guerre, nous pourrions reprendre à notre compte les mots de Churchill parlant de la bataille d'Angleterre: "Jamais, dans l'histoire des guerres, un si grand nombre d'hommes n'ont dû autant à un si petit nombre." Les femmes et les hommes qui sont au front pour nous méritent notre profonde gratitude et nos sincères remerciements.
Les mesures souhaitées par l'UDC doivent s'appliquer dans le respect des particularités régionales. Nous devons en revenir au système fédéraliste. L'UDC demande en priorité la reprise de notre fonctionnement démocratique normal, à savoir le contrôle de l'exécutif par le législatif, que ce soit au niveau communal, cantonal ou fédéral. Les décisions qui vont être prises auront sans doute de lourdes conséquences pour la population, qui ne saurait être plus longtemps tenue à l'écart du débat. Jusqu'ici, les impératifs de santé publique l'ont emporté sur le reste, et nous pouvons nous féliciter d'avoir pu éviter la saturation de nos infrastructures de santé. Mais, aujourd'hui, il faut la levée immédiate du droit d'urgence et le retour au droit constitutionnel ordinaire, à la condition bien évidemment que certaines règles de comportement soient respectées.
Il faut néanmoins rester prudent et organiser non pas l'après-crise, mais le pendant la crise. Cela signifie, pour le groupe UDC, que les activités économiques doivent pouvoir reprendre, ceci en tenant compte des conditions nouvelles que le Covid-19 impose.
Nous allons vers des temps difficiles pour les salariés, les indépendants et les entreprises petites ou grandes. Chômage partiel et aides diverses et variées ne constituent qu'un pansement souvent dérisoire face aux blessures que la pandémie provoque. Nous estimons qu'il est temps de limiter les dégâts et de remettre la machine en route avec toutes les précautions requises.
La condition sine qua non se situe au niveau du matériel de protection dont la population doit pouvoir disposer. Je pense ici tout particulièrement aux masques dont la disponibilité n'a pas encore été assurée. L'armée nous informe qu'elle est en mesure de mettre quotidiennement en circulation 1 million de masques sur une période de deux semaines par le biais des grandes surfaces. Il était temps. Mais quelle sera la clé de répartition? A quel prix ces masques seront-ils vendus? Et que se passera-t-il au-delà de quinze jours? Nous souhaitons obtenir des réponses et des garanties sur ces points.
J'ouvre une parenthèse pour préciser que je tiens à ce que le prix des masques ainsi distribués soit taxé afin que les nécessités de l'heure ne remplissent pas les poches de quelques profiteurs. [PAGE 379]
Nous nourrissons des préoccupations identiques en ce qui concerne les solutions désinfectantes et les tests de dépistage dont les besoins suivront la courbe de la reprise.
Nous réclamons également le maintien strict des contrôles à la frontière qui ne doivent en aucun cas être assouplis. Je relève d'ailleurs que les experts de l'OMS affirment qu'il est crucial d'empêcher les personnes infectées de voyager. M.[NB]Koch, de l'Office fédéral de la santé publique, admet qu'il aurait fallu aussi contrôler de manière plus serrée les frontières au sein de l'espace Schengen.
Les mesures internes ne pourront déployer leurs effets que si nous faisons en sorte d'éviter l'arrivée de personnes contaminées susceptibles de répandre le virus malgré les précautions.
Je viens de dire que le Covid-19 était installé pour un moment. Il se fait déjà sentir et continuera à le faire au niveau du taux de chômage, qui prendra l'ascenseur et atteindra des proportions qu'on peine à déterminer. La protection de notre marché du travail est plus que jamais essentielle afin d'éviter une trop forte concurrence qui laisserait les salariés suisses sur le carreau. Dans un tel contexte, notre initiative populaire "pour une immigration modérée (initiative de limitation)" s'impose plus que jamais. Et nous invitons d'ores et déjà la population à la soutenir afin de permettre à notre pays de limiter les effets de la crise économique, qui se font déjà ressentir.
Je terminerai par une remarque au sujet de la solidarité européenne dont on nous parle toujours très volontiers. En fait de solidarité, les Etats membres ont défendu leurs propres intérêts sans égard pour l'intérêt collectif européen. Nous sommes bien placés pour le savoir, nous à qui l'Allemagne et la France ont confisqué le matériel que nous avions commandé et dont nous avions besoin. Un Etat n'a pas d'amis, il a des intérêts. L'Union européenne l'a bien mis en évidence, et nous serions bien inspirés de suivre cet exemple.